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COMPTE RENDU CGT DU CCE

8 MARS 2017

 


Ils ne mouraient pas tous
Mais tous étaient frappés…

Ces 2 vers sont tirés de la fable de La Fontaine : Les animaux malades de la peste ; ils ont également servi de titre à un documentaire datant de 2006 sur les drames ordinaires du travail.


Il est des événements qui, lorsqu’ ils se produisent, ne permettent plus de tenir une réunion et d’aborder l’un après l’autre les points à l’ordre du jour, tant le décalage entre la brutale réalité et les sujets habituels d’un CCE est immense.

Ce fut le cas lors de ce CCE du 8 mars, émaillé de déclarations, de suspensions de séance et de témoignages des élus de toutes les délégations sur ce qui se passe aujourd’hui dans les centres AFPA. La participation de la Directrice Générale n’était pas prévue, mais les élus et représentants syndicaux exigèrent qu’elle descende à leur rencontre. Une réunion au ton grave, qui s’est donc terminée par une heure d’échanges avec la nouvelle Directrice Générale.

A l’origine du bouleversement de l’ordre du jour, la tentative de suicide d’un salarié de la région Hauts de France qui durant 7 ans a cumulé des CCD, auquel un poste en CDI avait été promis et annoncé devant l’ensemble du personnel, puis qui  fut congédié brutalement par lettre recommandée au retour de ses congés d’été. Le 2 mars, il laissait un courrier mettant directement en cause l’AFPA pour expliquer son passage à l’acte. La délégation CGT a lu une déclaration à laquelle tous les délégations et les membres du CCE se sont associés (cliquez ici pour retrouver cette déclaration). Une situation qui n’est malheureusement pas isolée…

Aujourd’hui, combien vaut la vie d’un salarié à l’AFPA ?

Les différentes strates de direction, du local au national connaissaient bien cette situation pour avoir été alertées à maintes reprises, y compris dans l’enceinte de ce CCE en décembre dernier. Une direction qui a maintenu semaine après semaine une position inflexible, en refusant la légitime intégration en CDI de ce salarié. Alors, à quoi sert d’alerter si la parole des représentants du personnel n’est pas prise en compte ? Ni celle des salariés d’ailleurs ?

Le Directeur Général délégué s’est exprimé dès l’ouverture du CCE sur cet événement, indiquant que ses pensées allaient vers lui, sa famille et ses proches. Un Directeur Général délégué qui reconnait que l’organisation de l’AFPA et le management sont directement interpellés par cet événement dramatique, même si au passage il laisse entendre que, peut-être, des raisons liées à sa vie personnelle pourraient être également en cause…

Une direction qui se dit consciente de la situation de Risques Psychosociaux à l’AFPA, se référant au rapport d’expertise réalisé par ISAST l’été dernier. Raison pour laquelle la direction avait proposé il y a quelques semaines l’ouverture de négociations sur le sujet avec les OS, négociations qu’elle souhaite conclure le plus vite possible.

Dès ce lundi, annonce-t-elle, un dispositif opérationnel d’alerte et de traitement sera mis en place : nomination d’un médiateur interne en la personne de Jean-Pierre Deschamps, et mise en place d’un numéro vert via le cabinet Psya.

Des mesures que la délégation CGT juge insuffisantes et bien trop tardives ! Depuis une réunion de concertation en 2013, suite au Livre noir sur des conditions de travail à l’AFPA la direction générale n’avait pas donné suite aux demandes d’ouverture de négociations sur les conditions de travail. Aujourd’hui, nous attendons la mise en place d’une véritable politique de prévention, qui s’attaque réellement aux causes, et non simplement aux effets sur les salariés.

S’en est suivie une déclaration de la délégation SUD-FPA : une salariée en situation de handicap, a vu le fournisseur venir récupérer son fauteuil adapté, devant les salariés et la direction. Pourquoi ? La facture n’avait pas été réglée. En signe de soutien envers cette salariée, tous les élus se sont levés.

Réponse de la direction générale : «  cela n’a rien à voir avec la politique de l’AFPA sur le handicap … mais la direction a dû gérer des problèmes de trésorerie qui ont conduit à une diminution des dépenses… «

Une réponse qui a généré une nouvelle interruption de séance au cours de laquelle les élus et représentants syndicaux ont rédigé la déclaration suivante :

« Depuis le début de ce CCE, les réponses et l’attitude de la direction sont inadmissibles et les mesures annoncées largement insuffisantes.

Les situations évoquées ce matin ne sont malheureusement pas isolées, nous pouvons tous témoigner autour de cette table que des situations similaires extrêmes se produisent partout, quel que soit le statut. Pas un seul centre n’est épargné : burn-out, tentatives de suicide, et d’autres situations dramatiques.

Combien vaut une vie à l’AFPA ?

La politique sociale mise en place par l’AFPA se traduit par des conséquences dramatiques pour les salariés. Les contraintes économiques qui dominent les décisions prises aujourd’hui ne peuvent en aucun cas justifier cette politique sociale délétère.

Cette situation n’a que trop duré.

Aujourd’hui, nous considérons que la responsabilité pénale de la direction est engagée.

Les élus du CCE rappellent qu’ils ont déclenché un droit d’alerte sociale. Dans ce cadre ils vont saisir l’inspection du travail afin de l’alerter, non seulement sur le recours massif aux travailleurs précaires mais également sur les problèmes de santé au travail. »

A l’issue de la déclaration, la Secrétaire du CCE indique que les élus demandent que la Directrice Générale vienne rencontrer les membres du CCE : aujourd’hui, l’AFPA vit une crise sociale majeure et la Directrice Générale doit en mesurer l’ampleur.

Nouvelle suspension de séance jusqu’à l’arrivée de la Directrice Générale à 12h30.


Synthèse des échanges lors du débat d’une heure entre les élus du CCE et la Directrice Générale

Les membres du CCE

Les difficultés que rencontrent les salariés remontent de partout, via des alertes en CHSCT, en CRE, en DP, … mais jamais rien ne redescend, la direction ne répond pas à ces alertes. Dans les centres, la précarité se généralise, et se transforme en maltraitance lorsque les salariés la subissent pendant de nombreuses années. On entend parler de « CDD pérennes », c’est inadmissible !

Dans la région Centre, les salariés sont rendus responsables de la perte d’une partie des lots du nouvel Appel d’Offres du Conseil régional : pour la direction, les formateurs de l’AFPA seraient trop payés !

Pour certains, c’est la surcharge de travail qui domine : dans un centre, 3 formateurs ont en charge 54 stagiaires sur 6 formation différentes… qui plus est ils manquent du matériel nécessaire pour assurer cette formation dans de bonnes conditions. Les burn-out sont fréquents et la reprise des salariés difficile faute de mesures d’accompagnement.

Pour d’autres, c’est l’absence de travail qui génère des difficultés : telle cette formatrice placardisée suite à un arrêt de travail. Ou ces salariés qui voient leur centre être dépouillé petit à petit de ses formations.
Ce sont aussi les agressions qui se multiplient : suite au constat d’une recrudescence d’agressions dans les établissements, un plan d’action avait été mis en place au niveau des itinérants mais celui-ci a été  abandonné du jour au lendemain par la direction.

Accompagner les managers de proximité, afin qu’ils accompagnent les salariés en difficulté, c’est du déjà entendu… d’autant que parfois ce sont les managers qui mettent les salariés en difficultés ! Car c’est sur l’économique et non sur l’humain que le management a été mis en place et qu’il est évalué…

Et demain, le transfert des salariés dans les filiales va générer des risques supplémentaires, la direction l’a-t-elle bien compris ?

Si l’AFPA a tenu et tient encore aujourd’hui, c’est grâce à son personnel, mais celui-ci est en train de s’effondrer !

  • « L’institution est malade ! Qu’allez-vous faire pour que la machine ressuscite ? ».
  • « Parlez-nous de ce que vous comptez mettre en place concrètement ! »
  • « On vous attend, on veut du concret et rapidement »

La Directrice Générale

Elle considère qu’il y a urgence à accélérer le calendrier des négociations en cours sur les RPS et TPS et se dit prête à revoir les propositions de l’intersyndicale. Depuis son arrivée, elle a entrepris un tour des territoires qui nourrit ses réflexions sur « les organisations et le modèle social ». Selon elle « on ne peut pas continuer comme cela…». Il faut travailler à une culture managériale commune et aider les managers de proximité à accompagner les salariés en difficulté. Côté organisation, il faut sortir de « la logique de silo » [Héritage du plan stratégique et des filières métiers mis en place par Caïla] ; l’AFPA doit avoir une organisation qui corresponde à ce que nos financeurs attendent. La Directrice Générale travaille actuellement avec le Directeur Général Délégué ainsi que le DRH sur un nouveau « modèle social » qu’elle compte soumettre  rapidement à la discussion avec les Organisations Syndicales. Mais, pour que l’on arrête de baisser les effectifs, il faut que l’AFPA soit autonome et équilibrée. L’AFPA a perdu 30% de son Chiffre d’Affaires, il faut encore faire des efforts pour retrouver l’équilibre.

Nous attendons donc de pied ferme les propositions de la Directrice Générale, même si nous sommes plus que réservés quant à la possibilité d’un réel changement. Pour preuve, les efforts qui vont continuer à être imposés aux salariés dans l’attente d’un hypothétique et incertain « retour à l’équilibre ». Certes, le critère économique n’est pas le seul déterminant en matière de santé au travail, mais il reste malgré tout essentiel. Car il permet de dégager du temps, un temps nécessaire à la réflexion afin d’engager un travail approfondi et pour permettre l’élaboration, au sein de collectifs de professionnels, de solutions ancrées sur le travail réel…

A l’AFPA, la qualification de Risques Psychosociaux n’est plus d’actualité, il s’agit aujourd’hui de Troubles Psychosociaux, qui se traduisent par une multiplication de situations gravissimes, comme des passages à l’acte. Or, selon les articles L.4121-1 à L.4121-5 du Code du Travail, l’employeur doit prendre les mesures nécessaires pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale de tous travailleurs de son entreprise.

Dès lors, la direction générale ne saurait faire porter par les salariés les risques induits par la situation critique de l’AFPA et par les décisions – ou non décisions – prises en interne.

Elle doit se soumettre à ses obligations.

La délégation CGT y veillera.

CCE du 30 mars 2017
Un collègue tente de mettre fin à ses jours ! Déclaration de la délégation CGT au CCE du 8 mars 2017