Faut-il encore attendre quelque chose du Conseil d’Administration (CA) de l’AFPA ?

logo CGT AFPALa question peut légitimement se poser, depuis que le nouveau CA, à la sauce EPIC a été mis en place. Non seulement les voix accordées aux administrateurs sont déséquilibrées, les représentants de l’État ayant entre leurs mains le pouvoir de décision. Mais encore ce qui frappe, c’est l’absence de nombreux administrateurs et la quasi-absence de débat. Le déséquilibre des voix en est sans doute la cause : les dés étant pipés, à quoi sert de venir siéger dans une instance – de pure forme – pour entériner des décisions prises ailleurs ?

Ce jeudi 20 juin, la réunion a démarré péniblement, le quorum n’étant pas atteint à l’ouverture… Après quelques coups de fil, le quorum est finalement atteint, 40 minutes plus tard. (OUF !)

L’absence des représentants des régions a été particulièrement visible, alors que le CA prévoyait un point sur le projet de réorganisation. Pour représenter les salariés, seuls le représentant des salariés CGT et les représentants confédéraux CGT et CFE-CGC étaient présents, ainsi que la secrétaire du CCE.

Ce point était certes rédigé de manière étrange, mais s’inscrit dans la logique d’exclusion du CA de toute décision relative au projet de PSE. Circulez, y’a rien à voir ! Les documents relatifs aux supposées « améliorations » du projet de réorganisation ont d’ailleurs été remis en séance aux administrateurs … seulement sur une clé USB. Une simple formalité disions-nous — le Président rappelle aux administrateurs qu’il s’agit d’une simple information et pas d’une délibération — et une manière de couper court à toute velléité de débat…

Après la présentation succincte par la Directrice Générale de ce qu’elle ne considère ne pas être un nouveau projet, mais un projet amélioré sur 2 axes (mesures sociales et projets alternatifs) et le nombre de suppressions de postes, etc., le Président s’enquiert d’éventuelles questions : Grand SILENCE !…

Finalement le représentant des salariés CGT intervient sur ce nouveau projet de la DG et les risques qu’il fait courir aux salariés et à l’avenir de l’AFPA (cf. ci-dessous).

Personne ne moufte… Finalement le nouveau DGEFP prend la parole pour notamment rappeler que le soutien régulier de l’État à l’AFPA ne peut se poursuivre que si le plan se met en place et les prochaines étapes : mise en œuvre du plan et atteinte de l’objectif EBE positif à 2020.
Rien de nouveau sous le soleil, on avait bien entendu le message : fermetures de centres et licenciements sont la contrepartie nécessaire au « soutien financier » de l’État envers son EPIC.

Et le COP dans tout cela ? Maintenant que le plan est déposé à la DIRECCTE, le « travail » avec le CA devrait commencer d’après le Président, ce que confirme le DGEFP. L’AFPA pourrait ainsi avoir un COP en 2019. Mais faut-il y croire ? Le même CA s’était engagé à ce que le COP précède le projet de réorganisation… Engagement non tenu et pour mémoire nous devions en avoir un en 2016 ; puis en 2017 ; puis en 2018.
Alors ?…

Montreuil, le 26 juin 2019



Intervention du représentant des salariés (CGT)
au CA du 20 juin 2019

Point d’information sur la remise au CCE du 18 juin 2019 des documents relatifs à la consultation du projet de réorganisation de l’Afpa présenté le 18 octobre 2018.

Le changement fondamental apporté par ce qui est qualifié d’« améliorations » du projet de restructuration, de nouveau modèle organisationnel et de licenciements économiques collectifs se situe au niveau de l’impact potentiel sur la seule véritable richesse de l’AFPA : son patrimoine humain.

Bien sûr, les mesures d’accompagnement des départs, volontaires ou contraints sont améliorées par rapport à la version initialement présentée le 18 octobre 2018. Mais elles étaient alors destinées à être négociées et nul doute que le point de chute alors envisagé était sans doute très proche de ce qui nous est présenté aujourd’hui.

Ce n’était alors qu’un point de départ, suffisamment bas pour valoriser ce point d’arrivée que nous estimons comme prévisible et d’ailleurs assez lointain de ce qui a pu être consenti dans d’autres PSE d’envergure récents, comme ceux de Carrefour ou Sanofi-Aventis…

Mais nous ne tomberons pas dans le panneau de glorifier ce résultat obtenu par tractations en catimini, car déjà l’enveloppe budgétée en 2018 permettait même de voir encore plus loin. Pour financer des départs, l’État s’est engagé (126 millions d’€), mais il n’en est pas de même quand il s’agit de financer pour l’AFPA de l’activité de formation qualifiante socialement efficace.

La grande nouveauté desdites « améliorations » est un plan de départ volontaire ouvert à tous les salariés CDI de l’AFPA. Nous sommes bien loin de la démarche initiale qui avait consisté à identifier des fermetures : de centres, de plateaux techniques, de groupes de référence nationaux de formation (GRN), de dispositifs de formation, et de services associés.

Décisions qui pouvaient être contestables, mais qui étaient le plus souvent argumentées autour de l’absence ou de la trop faible activité, de prix trop bas ne permettant plus d’atteindre un équilibre financier. Décisions qui auront permis, avec l’aide de la mobilisation des salariés concernés et de leurs collègues, avec l’appui des organisations syndicales de l’AFPA, mais aussi territoriales et interprofessionnelles de sensibiliser suffisamment certains élus tant locaux que régionaux pour préserver 4 des 38 centres prévus à la fermeture.

En appelant tous les salariés en capacité de partir soit pour fin de carrière (retraite ou retraite anticipée), soit pour un projet professionnel externe, à concrétiser leur départ, c’est une véritable hémorragie de compétences et d’expertises qui se profile. En effet, tous les salariés CDI de l’AFPA ne sont pas employables à l’externe, ne serait-ce déjà que par leur âge et leur ancienneté ainsi que la spécificité de certains de nos métiers.

Par contre, d’autres ont développé des niveaux d’expertise recherchés sur le marché de l’emploi et ont accumulé des expériences et références précieuses pour l’AFPA et convoitées par la concurrence. Par exemple, à la direction de l’ingénierie, nous avons déjà pu identifier un afflux de candidats au départ, non concernés par les suppressions de postes et ayant des compétences rares et spécifiques, dans des domaines qui relèvent des transformations à venir, de l’ingénierie pédagogique notamment. Beaucoup de ces départs sont des retraites anticipées « transition de fin de carrière » et certains ont déjà convenu avec leur hiérarchie de pouvoir « revenir » en autoentrepreneur ou indépendant, prenant la « valise » au passage. On pourra alors s’interroger sur l’efficacité économique pour l’AFPA de telles situations.

On ne peut donc pas éviter de craindre que cette phase 1 du volontariat soit fortement plébiscitée et victime de son succès, par effet de perte de sens, de lassitude ou de vénalité. Certes, en offrant des conditions sensiblement plus avantageuses à celles et ceux dont le poste est supprimé et qui se déclareraient volontaires pour partir plutôt que d’attendre d’être licenciés, l’AFPA pourra masquer certains départs contraints.

Mais on ne peut exclure que la plupart des départs volontaires se concentrent sur des salariés dont les postes ne sont pas supprimés. Cela libérera des postes à pourvoir en interne, mais dans quelle mesure cela concernera-t-il celles et ceux dont les postes sont supprimés. Il faudra alors pourvoir ces postes indispensables, mais vacants. Comment ? En recrutant à l’externe ?

Comment serait-ce possible de licencier et de recruter en même temps pour remplacer des départs volontaires ? Car il faudra malgré tout, dans la logique de ce projet, procéder aux licenciements de celles et ceux dont le poste est supprimé, démunis de projets réalistes ou qui n’auront pu être éligibles au départ volontaire.

La conséquence serait une désorganisation encore plus grave et délétère dans un contexte de troubles psychosociaux avérés, révélés par les expertises CCE et IC-CHSCT. Comment pourra-t-on relever ce défi de la réorganisation des moyens humains après cette fuite de compétences, nécessaires et indispensables puisque non ciblées par les suppressions de postes ?

En introduisant un plan de départs volontaires ouvert en amont de la mise en œuvre du projet initial, la direction prend manifestement le risque d’ouvrir la boite de Pandore.


 

27 juin 2019 : suspension du projet de réorganisation de l'AFPA par la justice
Communiqué de presse du 20 juin 2019 de la Confédération Générale du Travail