Hausse des carburants : une mise au point s’impose.

Analyse du dossier par Arnaud Faucon, Secrétaire national INDECOSA-CGT

Depuis bientôt 15 jours les mots d’ordres s’intensifient, pour bloquer les routes le 17 novembre, afin de protester contre la hausse des carburants et en particulier le Diesel, « Ce ras le bol » est parfaitement légitime, il fait écho à une colère bien plus sourde, celle d’une augmentation de nombreux produits de consommation courante et d’une stagnation du pouvoir d’achat d’une majorité de Français.

Les décisions gouvernementales comme l’augmentation de la CSG pour les retraités amplifient le phénomène de décrochage par rapport au coût de la vie. Les dernières mesures proposées pour calmer la grogne de nombreux ménages relève du saupoudrage voir de la provocation. En fin de compte, c’est tout un système qu’il faut changer et revenir à l’idée que l’énergie est un droit fondamental au même titre que l’accès à l’eau ou l’accès à un logement.

Le prix du pétrole, une forte volatilité et beaucoup de manipulations

Les principaux pays producteurs de pétroles sont regroupés au sein de l’OPEP. On y trouve notamment des pays du Golfe persique comme Les émirats arabes Unis, l’Arabie saoudite, le Qatar ; l’Algérie, L’Égypte dans le Delta du Nil… D’autres pays, non membres, mais grand producteur comme la Russie, l’Iran…

Le fait que l’Iran, quatrième producteur de pétrole au monde, soit frappé d’un embargo par la décision des USA a incontestablement des conséquences.

En 1976, ce pays a produit jusqu’à 6,6 millions de barils par jour. Sans faire de la géopolitique « fiction », il faut bien dire que cette situation arrange au plus haut point « l’Oncle Sam ». En effet, depuis la découverte de la fracturation hydraulique les États-Unis produisent du carburant en dehors de l’exploitation traditionnelle. Le souci principal, c’est que ce système n’est rentable qu’à partir de 55 dollars le baril (le 3 octobre il était à 86,74 pour le Brent). A l’heure actuelle Exxon, Texaco et Chevron doivent se porter très bien et ce n’est pas un hasard.

En Europe les groupes Pétroliers se frottent eux aussi les mains. Ainsi le groupe Total a enregistré un bénéfice record de 83% au second trimestre de cette année 2018.

Petit aparté sur les grandes surfaces qui vendent à prix coûtant : Nous ignorons tout des stocks réels que détient la grande distribution. Leurs commerciaux comme pour le gaz achètent la molécule quand le marché est au plus bas. Ainsi Michel Édouard Leclerc ne fait pas un geste magnanime envers les automobilistes mais bel et bien une jolie culbute pour les profits de son groupe. En ce qui concerne la spéculation, elle est en permanence présente. Un temps on avait tenté au niveau mondial de réglementer les « HEDGE Funds » ou fonds spéculatifs mais pour le moment les bonnes volontés affichées n’ont pas été suivis d’actes concrets.

Ainsi par ce biais la cargaison d’un super tanker au milieu de l’océan peu passer de main en main, d’un portefeuille d’actions à un autre avec de jolies plus-values au bout du compte.
Nul doute que les traders des grands groupes financiers bancaires et assurantiels se frottent les mains actuellement.

Des mesures fiscales injustes et inefficaces

En ce qui concerne la fiscalité, nous sommes en désaccord avec le système punitif permanent. Même chose avec les primes à la casse qui n’ont d’intérêt que pour les constructeurs et pour les acheteurs qui ont les moyens de faire changer leur véhicule. Pire encore cela crée une pénurie pour des véhicules d’occasion entre 8 et 10 ans pour les ménages à petits revenus.

Permettre une transition en favorisant des véhicules moins polluants c’est un levier pour lutter contre le réchauffement climatique mais ce n’est pas le seul. Le Kérosène des avions est largement épargné par les taxes et pourtant : Un Boeing 747-400 consomme 12788 litres par heure. (Pour faire Paris-Fort de France, il faut 8 heures de trajet).

Dans l’agriculture les engrais produisent du protoxyde d’azote qui est dangereux pour l’effet de serre et pourtant nous sommes le pays d’Europe qui en consommons le plus…

Enfin nous devons également réfléchir sur la question de l’économie circulaire des nouveaux produits que nous commercialisons.

Les batteries électriques sont polluantes et difficiles à recycler. Elles contiennent également du Cobalt extrait par des enfants en Afrique. Chaque jour ces enfants risquent leur vie pour le confort des occidentaux. De plus, les batteries des véhicules hybrides sont très dangereuses. En cas d’accident elles peuvent être détruites et dégager un gaz ultra toxique pour l’environnement et les hommes. Les centres VHU (casse automobile) doivent être équipés de caissons spécifiques pour neutraliser les effets de ces batteries.

Quelles propositions pour demain ?

La première des choses, c’est de déconnecter l’énergie des circuits financiers. Elle doit être reconnue comme un droit fondamental.

Nous devons progressivement travailler à une désindexation des cours du pétrole sur le dollar. Arrêtons de prendre comme unité les cours du baril de Brent de la mer du Nord qui ne représentent qu’une partie marginale des ressources pétrolières du monde et dont le coût d’extraction est considérable.

Rétablir une taxe intérieure sur les produits pétroliers flottante (supprimée en 2002) et bloquer les prix du Pétrole quand ils sont trop élevés. Un mécanisme de « TICPE flottante » reviendrait à compenser les effets des variations du prix du pétrole brut. Lorsque le prix du baril augmente, la TICPE serait ainsi abaissée afin de lisser la hausse des prix des carburants à la pompe pour le consommateur.

Enfin et c’est le cas aujourd’hui, il faut bloquer provisoirement le prix de l’essence au moins pendant trois mois. Cela permettrait de ralentir la spéculation dangereuse qui est en train de s’installer dans notre pays et de permettre à bons nombres de français qui sont contraints de prendre leur véhicule pour aller au travail de souffler.

Pierre Bérégovoy, ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie de 1988 à 1991, avait bloqué par décret le prix du litre d’essence d’août à septembre 1990. Il faut créer un grand pôle public de l’énergie pourquoi pas à l’échelle Européenne.

Taxer le Kérosène qui pollue énormément. Taxer le protoxyde d’azote contenu dans les engrais chimiques. Le protoxyde d’azote est un puissant gaz à effet de serre qui peut subsister jusqu’à 120 ans dans l’atmosphère. Son potentiel de réchauffement est 298 fois celui du dioxyde de carbone.

Plutôt que des taxes punitives permanentes, ne vaudrait-il mieux pas mettre en place de la fiscalité incitative comme une TVA à 5,5 % sur les transports en commun ? Stopper la casse du réseau ferré et rétablir un maximum de petites lignes ?

Montreuil, le 16 novembre 2018

INDECOSA-CGT

ASSOCIATION POUR L’INFORMATION ET LA DÉFENSE DES CONSOMMATEURS SALARIES

Site : www.indecosa.cgt.fr

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