L’Afpaïenne n° 13, bulletin d’informations des retraités de l’AFPA

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CHEMIN D’AVENIR OU CHEMIN D’AGONIE ?

chemin

Fin juillet, l’AFPA a vécu deux événements majeurs :

  • Le tribunal administratif a annulé l’homologation du « Plan de Sauvegarde de l’Emploi » aux motifs que la définition des catégories professionnelles concernées était très douteuse et contestable, et que la Direction de l’AFPA n’avait pas anticipé les mesures pour prévenir les risques psychosociaux générés par le plan. Cette décision semble avoir pris de court une direction trop sure d’elle-même, qui se retrouve « Le bec dans l’eau » !
  • L’annonce par le Gouvernement de lui confier un important programme « Chemins d’avenir » destiné aux « jeunes décrocheurs » de 16 à 18 ans, pour qui s’applique depuis le 1er septembre dernier, l’obligation de formation…

Est-ce un changement de cap de la politique gouvernementale ?

S’agit-il d’une chance ou d’une chausse-trappe pour l’AFPA ?

Si cette commande s’inscrit dans une logique intéressante, celle de Service Public, disparue ces dernières années au profit de la concurrence économique, elle survient dans un contexte particulièrement défavorable : réduction des effectifs humains, des moyens (notamment les services de restauration et d’hébergement) et de la présence territoriale avec la fermeture d’une trentaine de centres. Elle concerne un champ d’actions sans lien avec le cœur de compétences de l’Agence : le public ciblé est nouveau (l’AFPA traite des Adultes et les “Préformation de Jeunes Demandeurs d’Emploi” ont disparu depuis bien longtemps). Une pédagogie très différente est à mettre en œuvre et les objectifs sont plus que flous …

Comment ne pas être perplexe devant une telle mission ? Ne serait-ce pas plutôt un miroir aux alouettes, voire un chemin d’agonie pour enterrer l’AFPA ?

La question mérite sérieusement d’être posée à un moment où d’autres choix devraient s’imposer : la multiplication des plans sociaux due à la crise sanitaire et économique, et la flambée du chômage appellent un effort sans précédent de Formation Professionnelle des Adultes en matière de réinsertion, de reconversion et de qualification, tout comme la lutte pour la planète, avec notamment la rénovation énergétique des bâtiments, la prise en compte du plan hydrogène… Or, l’AFPA n’est pas sollicitée sur ces missions qui constituent pourtant ses compétences génériques : de là à imaginer que… il n’y a qu’un pas à franchir !!!

Avenir ou agonie ?


TÉMOIGNAGE

lettre

Je suis à l’AFPA depuis 1982. À l’époque, c’était une grande famille, pleine de liens et d’amitiés sincères. Mais qu’est-elle devenue cette Afpa dans laquelle je m’étais engagée, cette Afpa où la sincérité et l’amitié ont fait place à l’hypocrisie des sourires. Nous étions de tous horizons, mais nous ne faisions qu’un !

L’arrivée d’un CDD ou d’un CDI faisait l’objet d’un accueil pour lui souhaiter une bonne intégration. On mutualisait les informations, on les guidait dans la prise de fonction… Lors de leurs départs, un pot de l’amitié nous rassemblait pour leur souhaiter bonne route.

Qu’en est-il de tout cela… les CDD et nombre de CDI sont devenus des “kleenex”. On les prend, on les jette sans merci, au gré du bon vouloir des directions. On ne s’aperçoit même plus de l’absence de l’un d’entre nous : il est malade, en congés ou bien parti en retraite ? C’est la question posée lorsque l’on s’aperçoit de son absence.

Lorsque l’un d’entre nous était touché par la douleur d’une maladie, d’un deuil, nous étions là autour de lui pour essayer, dans la mesure du possible de l’aider à soulager, à partager sa peine. Nous étions simplement LÀ pour lui.

Qu’en est-il aujourd’hui ? Qu’est devenue l’AFPA ? Une boite sans humanité, une boite où seule compte la rentabilité, une boite où nous ne sommes plus des humains, juste un numéro d’agent : plus de convivialité, plus d’échange !

Il nous arrive d’apprendre que certains d’entre nous vivent des instants dramatiques, tant sur le plan physique que familial : décès de mon petit fils (14 ans) en février dernier (présence d’une salariée du centre Afpa de Niort et de Rochefort), et de ma seule fille (43 ans) mi-juillet ; aucun accompagnement afpaïen, aucune présence, pas de mots de soutien, pas même une petite fleur… Je pensais avoir créé de véritables liens d’amitié que ce soit sur Niort, Rochefort ou même au Siège… Qu’ont-ils fait ? Juste la sourde oreille ou, j’imagine, une réponse bateau : « je ne le savais pas »…

Je pense simplement que pour qu’une boite fonctionne, il faut y mettre un minimum de cohésion sociale, de liens entre le travail et l’humain : les DRH ne peuvent pas être seulement des gestionnaires de Ressources humaines, mais aussi des êtres capables d’un minimum de communication et de compassion…

À bon entendeur, salut !

Annick BOURRASSEAU


Communiqué de presse des syndicats CGT-AFPA et SUD FPA

Dans son jugement en date du 23 juillet 2020, le tribunal administratif de Montreuil annule la décision d’homologation du PSE de l’AFPA par la Direccte en date du 13 décembre 2019.

Que retenir de ce jugement ?

Deux raisons ont motivé l’annulation par le tribunal :

  • Une première liée aux catégories professionnelles, celles-ci n’ayant pas été déterminées en tenant compte de la nature des fonctions occupées, de la formation, et des acquis de l’expérience, mais en fonction de l’organisation actuelle et future, afin notamment d’inciter plus ou moins les salariés au départ volontaire.
  • La seconde portant sur le défaut de contrôle par la Direccte du contenu des mesures d’évaluation et de prévention des risques prévues par l’AFPA et dont l’employeur est tenu en application de l’article L. 4121-1 du Code du travail.

Deux points sur lesquels la direction s’est entêtée malgré les observations répétées des représentants du personnel CGT.

Une fois de plus, les juges ont souscrit aux arguments de nos deux organisations syndicales et leur décision nous satisfait bien évidemment.

Pour les salariés de l’AFPA, les conséquences de cette annulation sont en cours d’examen.

La gouvernance et la direction de l’AFPA ont aujourd’hui le choix :

  • entre continuer la pratique actuelle de gâchis du personnel (licenciements, absence de prévention des risques, catégories professionnelles orientées, …)
  • ou respecter les salariés, leurs métiers, leur santé, leur autonomie et la qualité de leur travail.

Nous, CGT AFPA et SUD FPA, penserons toujours qu’il faut sortir des situations par le haut et nous sommes ouverts aux discussions loyales et constructives, dans l’intérêt des salariés de l’AFPA, et pour l’avenir de notre établissement public et de la formation de ses usagers.

Montreuil, le 29 juillet 2020


MASCARADE : une fiction sociale née dans le confinement national.

masques

Des hommes nus masqués tournaient autour d’elle. Ils étaient beaux et gentils. Habillés seulement du nez au menton, ils ne dissimulaient pas leur désir.

Afin de revenir dans ce rêve, elle lutte pour retrouver le sommeil. Mais rien n’y fait. Frustrée, elle n’en connaîtra pas la fin. Elle en sera quitte pour étancher autrement sa soif.

Après ces émotions fortes, un bon petit déjeuner me fera du bien. Rien ne presse, il est interdit d’aller au travail.

L’économie tourne au ralenti. Dans l’état d’urgence, le parlement restreint a édicté un décret obligeant à baisser de 25 % tous les loyers et primes d’assurances. Les banques sont tenues de ne plus facturer d’intérêt ni agio jusqu’à nouvel ordre.

Aujourd’hui ce sera un bol de café pour commencer, biscotte et beurre de cacahuète, fromage d’Auvergne et orange du Portugal.

J’hésite à allumer la radio. Mon rêve raté m’a mis en appétit et de bonne humeur. Je ne vais pas gâcher une journée si bien commencée par de mauvaises nouvelles. On dit que dans certaines villes les stocks de nourriture sont contaminés dans les entrepôts.

Hmm c’était bon. À la douche maintenant. Hmm c’était bon aussi. Il faudrait quand même que je sorte faire des courses.

Placards et frigo se vident vite.
“La Bourse de Paris a encore perdu 10 % hier.”
“Panique chez les rentiers. Le Parlement restreint a décidé de geler toutes distributions de dividendes aux actionnaires jusqu’à nouvel ordre. Les bénéfices ainsi restés en réserve devront temporairement être versés aux hôpitaux publics”.

Ah zut ! L’habitude est la plus forte. J’ai machinalement tourné le bouton de la radio. Mais là j’ai de la chance, c’est une bonne nouvelle : je vis de mon salaire et pas de dividendes.
Coiffeuse au salon Le Merlan Free, mon salaire est assuré à 75 % pendant ce chômage exceptionnel. C’est pareil pour mon patron, Patrice, depuis que les travailleurs indépendants sont sous le même statut que les travailleurs salariés, fonctionnaires et paysans.

Patrice a connu un confrère qui a fait faillite, il y a six ans pendant l’épidémie de Covid-19. Du jour au lendemain salon fermé, plus de clients, plus de recettes, salariés licenciés, des dizaines de factures à honorer, des loyers à payer, des emprunts à rembourser. Bref ! Passage direct de l’aisance à la misère.
Alors après-çà ils ont défilé dans les rues et ils ont voté pour « Plus-jamais-ça », l’organisation qui a mis en place le statut universel du travailleur. Patrice, lui, était encore apprenti il y a six ans.

Pendant que je le coiffe, ce client m’explique les difficultés économiques du pays. Je ne le connais pas vraiment, seulement vu quelques fois au salon. Il m’a dit que la bourse avait brutalement chuté et que les approvisionnements devenaient difficiles. La farine et le papier toilette manquent à cause des clients qui stockent la coca et le pavot à cause de la fermeture des frontières.

  • Rendez-vous compte, me dit-il, on a même vu le pape parler tout seul.
  • Parler tout seul ?
  • Oui, il a prononcé le message pascal depuis son balcon devant une place complètement vide. Son collègue Saint-Pierre avait fermé la place pour cause d’interdiction de rassemblements.
  • C’est pas Saint-Pierre, c’est le gouvernement italien…
  • La coca colombienne qui n’arrive plus à Paris, plus grande plateforme européenne de distribution des stupéfiants. Dans les cités les petits « traders » ont du mal à se procurer de la marchandise et tentent de se reconvertir dans d’autres commerces.
  • C’est une bonne ou une mauvaise nouvelle ? Ça va faire davantage de chômage ?

Pourtant le statut du travailleur n’a pas fait disparaître les petits boulots. On continue de voir passer les Uber dans les rues avec les colis sur le porte-bagages et dans les sacoches. Un véritable manège infernal. Depuis le salon où je travaille, je pourrais presque les compter. Des dizaines de passages journaliers. Ils portent des colis en carton marqués du sourire en coin de Edizone, la grande plateforme de vente à distance.

  • Alors vous avez quand même été autorisés à ouvrir ?
  • Un jour par semaine seulement. L’Administration détend un peu les contraintes. Avec ce nouveau statut, les salariés ont droit d’intervenir dans l’utilisation de l’outil de travail. Alors j’ai décidé avec Patrice qu’il faut sauvegarder la clientèle pour assurer l’avenir.

C’est là qu’il me dit être fonctionnaire.

Cette idée d’impliquer le salarié dans l’utilisation et le fonctionnement des moyens existe chez eux depuis plus de 70 ans. Depuis l’instauration du statut du fonctionnaire en 1946. De même que le salaire à la qualification quel que soit le poste occupé, et le salaire garanti à vie, avec la continuité du paiement après le départ en retraite.

Mais avec son air de tout savoir, il ne semble pas être au faîte de l’information. Il est de l’autre génération. Celle du libéralisme financier : les richesses pour quelques-uns, le labeur pour les autres, beaucoup plus nombreux bien sûr. Il ne comprend pas qui nous paie et avec quoi. Il a du mal à concrétiser qu’un « patron », Patrice, touche un salaire, et qu’il accepte de partager les décisions avec son « garçon-coiffeur ». J’ai dû lui faire comprendre que Patrice verse chaque mois à la caisse nationale des salaires l’équivalent d’un tiers de la valeur ajoutée de l’activité du salon. Il reste propriétaire de l’outil que la caisse nationale des investissements lui a permis d’acquérir. Mais comme pour les héritages en usufruit, il n’en a pas la jouissance complète. C’est un peu la contrepartie de sa garantie de salaire à vie.

J’ai trouvé. C’est ça mon rêve. Les Uber à vélo. Ceux qui ont depuis quelques jours envahis la rue. Mais pourquoi pédalent-ils tout nus ? Je n’ai jamais été bien forte dans l’interprétation des rêves.

Suite à lire dans notre prochain numéro de l’Afpaïenne…


DANS NOS MÉMOIRES, ILS VIVENT TOUJOURS

bougies

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Roland FUCHS psychologue AFPA au service psycho régional de Marseille, est décédé au printemps victime du coronavirus, à plus de 85 ans. Syndiqué CGT depuis très longtemps, il a été notamment délégué du personnel au CPR. Entré à l’AFPA avant 1968, Roland était une personne très écoutée parmi les collègues, bien au-delà des sympathisants CGT. Il était considéré comme un sage.
Rappel historique : il a créé une première version de L’Afpaïenne, la chanson de nos manifs.

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C’est avec émotion que nous avons appris début juillet le décès de Jean-Claude PUTHET, militant de longue date à la CGT-AFPA : il a animé les luttes pour la sauvegarde et le développement du service public de Formation Professionnelle des Adultes. Il a longtemps œuvré nationalement (dans la Commission Exécutive) à la vie et l’activité syndicales.
Formateur au CFPA Maubeuge-Rousies, il a été responsable dans les années 90 de la CGT en Nord Pas-de-Calais, représentant syndical au CRE et toujours aux côtés des salariés de la région dans les luttes qui ont rythmé la vie de l’AFPA au cours de ces années-là.
Rappelons-nous sa haute stature, sa forte voix quand il disait à un directeur ce qu’il n’avait pas envie d’entendre, son attachement au “bien-vivre” et à des relations fraternelles dans le syndicat, son solide bon sens devant les problèmes qui assaillaient l’institution et ses salariés, sa capacité à mettre les pieds dans le plat quand il estimait que c’était nécessaire, les bonnes relations avec les autres syndicats même quand les divergences ne permettaient pas de surmonter les divisions…
Nous adressons à Suzy son épouse, à sa famille et à ses proches, aux camarades qui l’ont bien connu, notre sympathie et notre solidarité dans cette épreuve.

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Notre camarade Lionel Firmery est récemment décédé. Formateur à Pessac puis à Bègles, il était apprécié de tous. Homme affable, il aimait rendre service. Mais accablé par la maladie, il vivait une retraite moins sereine que l’on aurait pu lui souhaiter. Nos pensées vont à sa famille, à qui il doit manquer beaucoup.

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Notre camarade Gérard FAURE nous a quittés brutalement le 27 juillet, suite à un AVC. Ingénieur de formation au Département Sectoriel Industrie à Vénissieux, après avoir été formateur au CFPA de Roanne, il a été un militant très actif de notre syndicat :

  • Élu au Bureau National lors du Congrès de Savines, il a longtemps occupé la fonction de secrétaire à la
    vie du syndicat qu’il a doté d’outils pour rendre plus efficace son fonctionnement.
  • Il a assuré de 1989 à 1995 l’animation de Rhône-Alpes, et a marqué nombre de camarades de la région très affectés par sa disparition.

Nous gardons le souvenir d’un chouette collègue de travail, d’un camarade de lutte et d’engagement, d’un copain de longue date et d’un ami chaleureux et fraternel, un des piliers de l’équipe nationale des années 90 au début des années 2000, qui se retrouvait, l’essentiel de la semaine, au siège de l’AFPA à Montreuil. Beaucoup de ces moments partagés restent gravés dans nos mémoires.

Gérard nous quitte beaucoup trop jeune. Nous pensons à Christine son épouse, et à ses enfants, pour qui cette épreuve est un moment terrible.

Au nom du Bureau National des Retraités, nous renouvelons notre profonde sympathie et notre solidarité à toute sa famille et à ses amis.

Gérard, as-tu voulu retrouver cette « maison bleue » d’une de tes chansons préférées ?

Nous ne t’oublierons pas.

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Dernière minute :
« Chapeau bas, Juliette Gréco et salut à toi, si grande, si belle et si élégante artiste »…
Je suis en deuil de Juliette !

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déclaration

“Ceux qui luttent ne sont pas sûrs de gagner,
mais ceux qui ne luttent pas ont déjà perdu.”

Berthold Brecht


 

L’Afpaïenne 94 ou la culture d’entreprise en chanson

musique

1
Nous sommes des dizaines
Des montagnes et des plaines
A nous r’trouver ici pour fêter nos….

Vous m’entendez
A nous r’trouver ici pour fêter nos amis

2
Enseignants, secrétaires
L’AFPA c’est notre affaire
Psychos, gardiens, comptables,
méfions-nous des…
Vous m’entendez
Psychos, gardiens, comptables méfions nous des notables

3
Formation qualifiante
Du stagiaire c’est l’attente
Nous devons l’imposer, car
d’l’AFPA c’est…
Vous m’entendez
Nous devons l’imposer, car d’l’AFPA c’est l’métier

4
Osia bénéficiaires
Nous met fort en colère
Du candidat bafoué aliène la li….
Vous m’entendez
Du candidat bafoué aliène la liberté

5
L’égalité de chances
C’est une autr’paire de manches
A l’AFPA entrerez si vous êtes
fi…

Vous m’entendez
A l’AFPA entrerez si vous êtes financés

6
L’AFPA n’est pas à vendre
Sommes là pour la défendre
Et si vous la bradez vous serez
con….

Vous m’entendez
Et si vous la bradez vous serez congédiés

7
Les gros des entreprises
Veulent une AFPA soumise
Nous ce que l’on espère c’est
l’AFPA po…

Vous m’entendez
Nous ce que l’on espère c’est l’AFPA populaire

 

Paroles de Christiane DENIAU et Roland FUCHS, sur la musique de la complainte de Mandrin


SYNDICAT CGT DE L’AFPA
Bureau national des retraités
Tour Cityscope
3 rue Franklin
93108 Montreuil cedex


 

BN des retraités du 10 septembre 2020