logo CGT AFPALettre ouverte à la Direction Régionale AFPA Bretagne juillet 2019


Vers une révolution silencieuse et des questions en suspens…

Des réunions obligatoires de présentation de « QUALIF Emploi » se sont déroulées la semaine dernière dans tous les CFPA de Bretagne « pour bien comprendre les enjeux de la réalisation du prochain appel d’offres du Conseil Régional de Bretagne ».

En introduction, les animateurs (Direction de centre et référent régional) ont souligné les objectifs qualités visées :

  • prouver ce que l’on fait,
  • maintenir un taux de satisfaction des stagiaires et un taux de placement dans l’emploi satisfaisant.

Si au départ, la présentation semblait ouverte à tout questionnement, rapidement, elle s’est rétrécie pour faire émerger un message dominant, adressé aux formateurs : Utiliser METIS, c’est une nécessité pour assurer une prestation fidèle à la réponse aux appels d’offres formulée par l’équipe de la direction régionale de l’Afpa Bretagne.

Si nous pouvons clairement entendre qu’il faille utiliser un outil commun et assurer une qualité de prestation homogène promise au conseil régional, il nous parait toutefois légitime de nous interroger sur différents points pour lesquels nous n’avons pas obtenu de réponse claire (questions éludées) notamment concernant la réduction des temps sur des produits de formation en Bretagne et la modalité « formation à distance ».

Les questions relevées sur le terrain nous interpellent et traduisent selon nous, des craintes, des inquiétudes légitimes sur les conditions de travail à venir, renforcées par le contexte anxiogène que nous connaissons.

Quelques exemples :

  • « La durée des formations a subi une diminution régulière depuis plusieurs années. Avec ce qui est prévu, on arrivera à des réductions difficiles à tenir alors que certains stagiaires ont déjà du mal à suivre ! » … « Il faudra nous démontrer comment faire aussi bien avec moins de temps d’atelier et moins de temps de formation »
  • « La référence titre est celle de QUALIF’EMPLOI pour tous les publics (durées + contenus). Ce sont des produits régionaux. Quid du produit national ? Quid des contrats déjà établis ? »
  • « METIS obligatoirement utilisé : Il reste des produits qui sont des coquilles vides ! Des formateurs restent à former. Comment ça va se passer pour les CDD ? »
  • « Les modules égalité, développement durable, QSA et accompagnement vers l’emploi sont en principe à la charge du formateur sauf autre organisation du centre. Formation des formateurs ? Temps de prise en main des outils ? »
  • « La prise en main des nouveaux outils, nouvelles ressources (s’il y en a), nouvelles modalités… vont demander temps et énergie aux utilisateurs. Cet investissement indispensable a-t-il été évalué sur des données moyennes ? Réponse catégorique : NON. »

Après un bref rappel du contexte de la réponse aux appels d’offres du Conseil Régional de Bretagne, et pour relayer les inquiétudes des salarié·es, nous nous proposons ci-après de procéder à une identification des dangers liés aux choix stratégiques qui ont été faits par la DR sur ses réponses aux appels d’offres.


Contexte de réponse aux appels d’offres du Conseil Régional de Bretagne

  • La DR rapporte régulièrement aux élus l’idée que le Conseil Régional de Bretagne serait « bienveillant » vis-à-vis de l’Afpa. Néanmoins, ce dernier met une telle pression sur les prix que l’on peut qualifier sa politique d’achat de « Low cost ». Ainsi, les prix pratiqués en Bretagne sont les plus bas de France… ce qui ne manque pas de mettre en danger de nombreux organismes de formation bretons dont l’Afpa puisque la Direction Régionale a baissé ses prix de vente.
  • En conséquence, la DR AFPA Bretagne a décidé de réduire le coût des formations en adoptant la méthode CCO (Conception à Coût Objectif) sur 13 formations dans un premier temps (Cuisinier, Agent de restauration, ITS, …). Les matières d’œuvre, matériels, espaces et lieux de formation sont rationalisés (introduction de 21 % de distanciel en moyenne) et les durées de formation sont revues à la baisse. La DR Bretagne a donc ciblé la baisse des coûts… sur les lieux de production.

Précisons que ce choix transgresse la procédure nationale de révision des titres (tous les 5 ans) :

  • enquêtes de terrain réalisées par les ingénieurs sectoriels auprès des entreprises sur tout le territoire national,
  • études des évolutions du métier et de ses activités puis des compétences nécessaires,
  • adaptation des ingénieries,
  • validation auprès de la Commission Paritaire Consultative composée de représentants des employeurs et des salariés du secteur professionnel.

Sur la base des produits de formation nationaux, la DR Bretagne a donc créé des produits de formation spécifiquement bretons à durée plus courte : Il s’agit d’un changement historique qui remet en question la stratégie de l’homogénéité des formations AFPA sur le territoire français.


Rappel

Les trois piliers de la pédagogie AFPA qui ont participé au succès de nos stagiaires et de l’AFPA pendant plus de 70 ans (réussite au titre et placement dans l’emploi) :

  • La mise en situation
    Une reconstitution de l’environnement de travail qui permet l’appropriation des gestes et des comportements professionnels.
  • L’expérience
    Une pédagogie active par laquelle le stagiaire prend conscience de son apprentissage (laisser le temps faire son œuvre) et développe confiance, compétences et capacité d’action. Des acquis qu’il peut éprouver lors d’une période en entreprise.
  • Le collectif
    Un accompagnement personnalisé et des modalités de partage en collectif qui favorisent l’autonomie et la socialisation.

Identification des dangers risquant de porter atteinte à la santé physique des salariés.

Si l’impact financier de la méthode CCO a dû être évalué précisément par la DR, a-t-on par ailleurs procédé à une évaluation des nouvelles conditions de travail des formateurs, a-t-on évalué les risques pour leur santé physique et mentale ?

Danger 1 – Manque de confiance du personnel envers le management lié au manque de participation au projet.

Les formateurs ont-ils participé à la démarche de réduction des durées de formation ? Après enquête, il semblerait qu’un formateur par GRN ait été consulté après la réponse aux appels d’offres (elle a eu lieu en novembre 2018). Les choses étaient donc déjà décidées sans tenir compte de l’avis du terrain. En septembre, la majorité des formateurs vont se retrouver sur leur prochaine formation avec une équation complexe à résoudre : comment faire aussi bien en moins de temps et avec moins de moyens, sans avoir pu donner son avis ? À ce jour, les formateurs ne disposent d’aucun modus operandi… Les rentrées de septembre risquent d’être stressantes.

Mesures préventives prévues par la DR : …

Danger 2 – Qualité empêchée par manque de temps dans le contexte de la réduction des durées de formation et du déroulement d’une partie en distanciel : les stagiaires ne maîtrisent pas les compétences requises à la fin de la formation.

Comme nous l’avons évoqué précédemment, la démarche se situe « hors procédure ». On peut donc s’interroger sur ses fondements pédagogiques et sur les résultats qu’elle va produire. Rappelons, par ailleurs, que la formation « des plus éloignés de l’emploi » constitue notre cœur d’activité. Il semblerait donc que pour réussir à préserver notre taux d’insertion dans l’emploi, il convienne de préserver le temps d’apprentissage prévu pour le titre national (2ème pilier de notre pédagogie = l’expérience, et l’expérience demande du temps).

Prenons l’exemple de la formation ITS. Elle voit sa durée se raccourcir de 25 % depuis 2015 ! Jusqu’où ira-t-on ? Quel serait le point de rupture, pour la satisfaction et l’apprentissage des stagiaires, pour le niveau de compétences attendu par les professionnels, enfin pour des conditions de travail acceptables ?

Mesures préventives prévues par la D.R : …

Danger 3 – Disponibilité du formateur auprès des stagiaires, réduite à cause des parcours multiples dans un même atelier et en même temps (parcours standard, parcours partiel, parcours mixte, parcours hybride) et de l’augmentation de la charge administrative du formateur.

Concrètement, le formateur qui va voir la durée de sa formation diminuer et qui va intégrer des publics différents avec des parcours individualisés risque de devenir très peu disponible pour chaque stagiaire. Cette situation pourrait induire des insatisfactions, des frustrations difficiles à gérer et augmentera la charge mentale à supporter.

Mesures préventives prévues par la D.R : …

Danger 4 – Prise en charge de la responsabilité par le formateur en cas de résultats non conformes aux attendus.

En cas de mauvais résultats, qui en portera la responsabilité : les formateurs ou les décideurs ? Ce danger peut induire différents risques : perte de confiance en soi, baisse de l’estime de soi, sentiment d’isolement.

Mesures préventives prévues par la D.R : …


Conclusion

Toutes les réticences et les craintes exprimées par les salariés lors de ces réunions se conjuguent dans une attente forte du personnel envers la direction.

Dans un contexte contraint de transformation du travail, les salariés demandent que les conditions de travail futures soient sécurisées et que les choix stratégiques opérés par la direction préservent le sens de leur travail ainsi que les valeurs de l’Afpa liées à la formation et l’accompagnement des actifs vers l’emploi.

C’est aussi la demande des syndicats et élus depuis le rapport du cabinet d’expertise PROGEXA datant du 19 février 2019 :

  • Qui dresse un bilan actuel des collectifs de travail déjà durement éprouvé (p74 du rapport) avec un constat alarmant sur la gravité des troubles observés (violences verbales, maladies somatiques, dépressions, épuisements professionnels, suicides et tentatives). Le taux d’absentéisme est en constante progression (1).
  • Qui met en doute la politique de prévention de la Direction Générale.
    « 4.2.4. Un plan d’accompagnement mal construit et potentiellement dangereux pour la santé des salariés de l’AFPA p84 » (sommaire p3)
    « … La question de la crédibilité de la mise en place des aspects organisationnels du plan est d’ailleurs posée, une situation de faillite opérationnelle n’étant pas à exclure… » (p35)
  • Qui avertit : « Le défaut de prévention : un motif de suspension d’un PSE » (p 79) … à raison puisque depuis le jugement du TGI de Bobigny du 27 juin 2019 a suspendu le plan pour insuffisances dans son plan de maîtrise des dangers.
  • Et qui donne des préconisations :
    « …C’est pourquoi il convient reprendre le projet, en plaçant la construction d’un rapport de confiance au centre comme fondement de la nouvelle organisation. Ce rapport de confiance passe à nos yeux par le partage d’un langage commun sur trois questions essentielles : l’autonomie, la qualité, la compétence. ».

Les CHSCT sont les meilleurs interlocuteurs pour la sécurité physique et mentale des salariés, les élus sont les relais des salariés vers la Direction Régionale, les syndicats sont présents pour porter la parole des salariés lorsqu’elle n’est plus entendue.

(1) À titre indicatif, le bilan social AFPA 2018 fait apparaître un taux d’absentéisme de 8,13%, bien au-dessus de la moyenne nationale (4,98%).

CGT AFPA Bretagne, 17 juillet 2019


CRE Bretagne juillet 2017