CSEC du 30 septembre 2020
PROMO 16 18 – Déclaration CGT

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Le dispositif du plan de relance pour la jeunesse change de nom, mais malheureusement pas de rythme. L’accompagnement des décrocheurs scolaires serait ainsi la « route des possibles », mais pour l’AFPA, il risque de prendre le chemin de l’impossible. Pour la délégation CGT, la précipitation avec laquelle ce projet est conduit ne constitue pas un gage de réussite, alors que les besoins sont réels et les enjeux pour l’AFPA, déterminants.


Concernant la temporalité, tout fait défaut

  • Le temps de préparation pour l’AFPA, comme pour ses partenaires, est bâclé alors qu’il repose précisément sur une articulation dite « innovante » entre de multiples acteurs. La coordination devra tenir compte de la loi du 5 septembre 2018 qui redéfinit les compétences en matière d’information et d’orientation, plaçant les Conseils régionaux en première ligne. De précédentes expérimentations montrent toute l’importance d’un travail préparatoire, en local, avec tous les acteurs. Ce n’est qu’à ce prix que les forces politiques et les compétences techniques pourront s’accorder et agir dans le même sens et avec le même tempo.
  • Le temps de construire les nouveaux emplois, de définir les nouvelles compétences nécessaires est bouleversé. Le virage serré vers l’accompagnement des jeunes mineurs constitue un enjeu majeur pour une agence historiquement tournée vers la formation des adultes. Ce n’est pas en publiant des offres d’emploi avec un nouveau référentiel qui n’a même pas encore été débattu en CPNI que l’accompagnement au changement sera réussi.
  • Le temps de rénover nos bâtiments d’hébergement, de préparer les salles et le matériel nécessaire à un accueil digne nous semble illusoire. L’absence d’investissement depuis des dizaines d’années ne peut être comblée en 15 jours, d’autant qu’il emporte des réglementations spécifiques du fait de l’âge des publics accueillis.
  • Le temps de réalisation de ce programme sera pour les jeunes irréalistes, au regard de toutes les actions et les réflexions qui leur seront demandées. La maturation d’un projet demande du temps, surtout avec un travail sur les freins périphériques et l’apprentissage en simultané de compétences « socles » ou « numériques » qui va solliciter des ressources personnelles immenses. Le risque de perdre le jeune et de le placer à nouveau en situation d’échec est réel.
  • Le temps pour sécuriser les aspects réglementaires et financiers fait aussi défaut. Sans décret pour clarifier leur statut, c’est toute la première partie de ce dispositif qui vole en éclat, à commencer par la rémunération. Dans tous les dispositifs d’accompagnement, tant que ces aspects ne sont pas finalisés, il n’est pas possible d’engager une personne à se projeter vers l’avenir. D’autant que la simple décision de versement de cette rémunération devra se faire avec un tuteur légal, sur un compte qui reste à définir ou créer. L’opérationnalité avec les missions locales fait ainsi défaut, sauf à organiser un guichet unique la première semaine, comme nous avions pu le faire avec Pôle emploi pendant l’expérimentation du CTP.

Concernant l’articulation du programme

Faciliter la perception des métiers, ouvrir à d’autres perspectives, redonner de la confiance ne doit pas être synonyme de dispersion. Or, face à l’éclatement social et familial, ce programme pourrait occasionner un effet miroir par la multitude de lieux et d’interlocuteurs. Pour se projeter, il faut pouvoir se recentrer et avoir des repères stables. Certains jeunes pourraient se révéler par cet esprit « tour de France », en bénéficiant de l’éloignement d’un environnement souvent toxique, pour d’autres cela pourrait générer un risque de déstructuration, d’éparpillement.


Concernant la finalité du programme

Il est indiqué dans le document de présentation qu’il faudra « Capter le public par la promesse d’une sortie positive ».

Comment formuler une telle affirmation alors que ce programme est entièrement nouveau, construit dans l’urgence, sans équipe prête ni ingénierie lisible et réaliste ? Faire de l’innovant, efficace et à plusieurs n’est possible qu’avec de la préparation, des moyens matériels et humains adaptés.

Les jeunes, comme bientôt des milliers de salariés, ont besoin d’aide, de soutien, d’accompagnement et de formation pour rebondir ou se dessiner un avenir. L’AFPA peut bien sûr y contribuer. C’est notre utilité sociale qui est sollicitée, notre capacité à construire de l’ingénierie qui est valorisée. Mais les promesses avancées risquent fortement de se transformer en désillusion, provoquant un sentiment de trahison que les jeunes ne manqueront pas de souligner. Ce n’est pas le moment de renforcer la défiance et la violence qu’ils éprouvent bien souvent vis-à-vis de la société.

L’AFPA peut relever beaucoup de défis. Nous pouvons contribuer aux besoins de tous les actifs, dès lors que nous avons les moyens de les former, de les accompagner. Avec un public nouveau, des partenaires multiples et une ingénierie qui se devra d’être plus lisible et moins éclatée, le temps imposé pour atteindre les objectifs énoncés de ce programme ne constitue pas un « challenge ambitieux ». Il risque de devenir pour nos jeunes un broyeur de rêves, et pour l’AFPA, la pire des manières de prendre le virage de l’accompagnement.

Déclaration CGT au CSEC du 30 septembre 2020

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