Déclaration CGT-AFPA – CSE-E Janvier 2026
Un démantèlement programmé : comment, externalisation, domination économique, oppression politique et aliénation idéologique servent la liquidation d’un service public républicain.
Fermeture des restaurants AFPA
Depuis plusieurs années, devrions nous dire plusieurs décennies, la Direction générale de l’AFPA conduit une politique de destruction méthodique de l’institution, dissimulée derrière un discours managérial de façade fait de « plan de refondation », de « campus », de « village des solutions », de « modernisation», de « performance » et de « rationalisation ».
L’externalisation puis la fermeture programmée de la restauration AFPA constituent l’un des exemples les plus révélateurs de cette stratégie de désengagement organisé, de son incohérence financière et de son mépris profond pour les salariés, les stagiaires et des missions historiques de l’AFPA.
L’externalisation de la restauration n’a jamais été une simple décision technique ou organisationnelle. Elle s’inscrit dans une logique claire : se séparer progressivement d’un service essentiel afin d’en préparer la disparition définitive.
Ce service historique, indissociable de l’accompagnement global des stagiaires et du bon fonctionnement des centres, a été sacrifié au nom d’une vision comptable à court terme, déconnectée des réalités sociales, pédagogiques et humaines.
Il serait impossible d’analyser ce processus sans rappeler le démantèlement des services d’orientation CROP, qui ont constitué les premiers salariés sacrifiés sur l’autel de l’externalisation.
Leur disparition a marqué un tournant : celui de l’abandon délibéré de missions essentielles à l’accompagnement des publics, au profit de logiques gestionnaires et marchandes.
Au-delà du PSE et des 1500 départs, les salariés de la restauration ont ensuite été les deuxièmes victimes directes de cette politique.
Les transferts vers un prestataire extérieur, présenté comme un choix technique ou économique, s’est traduit dans les faits par une dégradation massive des conditions de travail, une perte de reconnaissance professionnelle, une rupture brutale des collectifs et une précarisation durable des personnels concernés.
Dans les deux cas, la Direction générale ne peut se retrancher derrière l’ignorance. Elle a sciemment sous-estimé, minimisé ou ignoré l’impact humain, social et moral de ses décisions.
Ces choix ont produit des dégâts profonds : souffrance au travail, sentiment d’abandon et perte de sens, autant de conséquences jamais réellement assumées ni réparées.
Ces externalisations n’étaient ni accidentelles ni isolées : l’on pourrait dire qu’elles ont servi de laboratoire à une stratégie plus large de démantèlement du service public, testant jusqu’où il était possible d’aller sans résistance suffisante, au prix de vies professionnelles brisées.
Mais l’incompétence de la Direction Générale apparaît de manière encore plus criante sur le terrain financier. Présentée comme une mesure d’économie, l’externalisation de la restauration s’est révélée être une aberration budgétaire.
L’AFPA a dû compenser le différentiel économique en finançant le manque à gagner du prestataire. Autrement dit, la suppression d’un service interne a coûté plus chère qu’elle n’a rapporté, tout en dégradant la qualité du service rendu.
Cette gestion erratique pose une question centrale : où est la responsabilité de gestion ? Où est la cohérence financière ? A qui incombe la charge de ces choix désastreux ?
Certainement pas aux salariés, ni aux usagers du service public.
La question est donc clairement posée : ces décisions relèvent-elles réellement d’une direction de haut vol, ou d’un pilotage idéologique aveugle, déconnecté des réalités du terrain et irresponsable sur le plan financier ?
Aujourd’hui, la Direction générale franchit une étape supplémentaire avec le projet de fermeture de l’ensemble des restaurants AFPA. Ce projet n’est ni une erreur, ni une contrainte imposée : c’est un choix politique brutal, assumé et cynique.
Pour des milliers de stagiaires, la restauration n’est pas un confort mais une condition matérielle indispensable à l’accès à la formation, au maintien dans les parcours qualifiants et à l’insertion professionnelle.
Supprimer la restauration, c’est organiser l’exclusion des plus précaires et aggraver les inégalités sociales.
Cette politique repose sur trois forces de domination clairement identifiables.
- Une domination économique d’abord, où l’humain est réduit à une variable d’ajustement, où la rentabilité immédiate écrase les besoins sociaux et pédagogiques.
- Une oppression politique ensuite, caractérisée par des décisions imposées sans débat, sans écoute des représentants du personnel, sans considération pour l’intérêt général.
- Une aliénation idéologique, nourrie par un langage managérial aseptisé, un fatalisme budgétaire et une communication destinée à faire passer la casse pour une fatalité.
La Direction générale n’active aucune force sociale positive. Elle impose un rapport de force autoritaire, méprise les alertes des organisations syndicales, refuse tout bilan sérieux des échecs passés et multiplie les changements de cap désordonnés.
À chaque nouvelle direction, le même scénario se répète : posture de rupture, communication prématurée, absence totale de remise en question.
La fermeture des restaurants n’est pas un événement isolé. Elle marque une étape décisive dans le démantèlement de l’AFPA.
Après la restauration viendront l’hébergement, l’accompagnement social, puis les formations jugées « non rentables », et enfin les centres eux-mêmes.
Ce processus se déroule avec la complicité silencieuse de l’État, qui abandonne un pilier fondamental de la formation professionnelle républicaine.
Face à cette logique de casse organisée, la délégation CGT-AFPA affirme qu’il n’existe qu’une seule force véritablement sociale : celle des droits, des travailleurs, des stagiaires et des citoyens organisés.
Nous défendons une autre vision de l’AFPA : un accueil digne, un accompagnement global, l’égalité d’accès à la qualification et l’émancipation par la formation.
La délégation CGT-AFPA exige le retrait immédiat et sans condition du projet de fermeture des restaurants, la reconnaissance de la restauration comme service associé essentiel et non négociable, et une rupture totale avec les politiques actuelles de démantèlement.
Face à une Direction générale sourde, fermée au dialogue, butée jusqu’à l’aveuglement, hermétique aux alertes, méprisante envers les salariés et les stagiaires, structurellement incapable d’appréhender les réalités sociales, humaines et professionnelles du terrain, incohérente et arrogante, nous appelons l’ensemble des salariés, des stagiaires, des organisations syndicales, des associations, des citoyens et la presse attachés au service public à se mobiliser.
La CGT-AFPA ne laissera pas passer cette casse organisée. Nous dénoncerons, résisterons et agirons jusqu’au retrait complet et définitif de ces projets et jusqu’à la défense pleine et entière des missions de l’AFPA comme service public républicain.