Les élus CGT du CSEC lancent aujourd’hui une alerte majeure sur une situation qui engage non seulement la responsabilité immédiate de la direction, mais aussi l’avenir même du modèle AFPA, alors que l’établissement entre dans sa 80ᵉ année d’existence.
Les faits rapportés par la Presse concernant le site d’Egletons, le 10 janvier 2026, intitulé « Soit on paie, soit on dort dans notre voiture : leur loyer a été multiplié par quatre, les stagiaires de l’AFPA en difficulté », révèlent une réalité d’une extrême gravité : des stagiaires contraints de renoncer à se nourrir correctement, d’envisager l’abandon de leur formation, voire de dormir dans leur voiture en plein hiver, faute de solutions accessibles.
La CGT rappelle qu’elle a maintes fois alerté, dans toutes les instances représentatives, sur les conséquences humaines des choix opérés :
- Arrêt des subventions régionales pour l’hébergement et la restauration,
- Absence d’anticipation,
- Acceptation résignée de décisions budgétaires destructrices.
Ce qui se produit aujourd’hui n’est donc ni un imprévu ni accidentel et sûrement pas un cas isolé : c’est le résultat direct de décisions politiques et budgétaires assumées.
Les Régions portent une lourde responsabilité. En cessant de financer des prestations indissociables de l’accès à la formation comme l’hébergement et la restauration, elles organisent de fait une sélection par l’argent, donc un tri social.
Ces décisions créent une rupture d’égalité flagrante entre stagiaires, notamment en matière de restauration :
– les stagiaires relevant de programmes financés par l’État bénéficient de chèques restaurant,
– tandis que ceux relevant des financements régionaux en sont privés, ou dépendants d’aides facultatives, inégales, parfois inexistantes selon les territoires.
Cette situation est scandaleuse. Elle instaure une formation à plusieurs vitesses, où l’accès à une alimentation à un tarif modéré dépend non pas des besoins des stagiaires, mais du financeur et du lieu de formation. C’est une inégalité territoriale inacceptable, contraire aux principes mêmes du service public.
Cette responsabilité régionale est d’autant plus engagée que les Régions, quand elles siègent au Conseil d’administration de l’AFPA, sont pleinement parties prenantes des orientations stratégiques. Elles ne peuvent ni ignorer les conséquences de leurs décisions, ni s’en exonérer aujourd’hui.
L’État est également directement impliqué. En tant que garant des missions nationales de l’AFPA, il laisse se déliter un outil de service public au nom d’arbitrages budgétaires, acceptant une rupture d’égalité territoriale et sociale dans l’accès à la formation professionnelle des adultes.
La Direction générale et la gouvernance de l’AFPA portent également une responsabilité déterminante.
En acceptant ces choix sans les combattre, en courbant le dos face aux financeurs, en gérant la pénurie au lieu de défendre les missions fondatrices de l’agence, l’AFPA, plutôt que de lever des freins à l’accès à la formation, exclue davantage les personnes les plus éloignées de l’emploi.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit :
– l’AFPA renonce progressivement à ce qu’elle appelait dans ses villages de solutions, encore récemment, « l’accueil inconditionnel »,
– Elle renonce de fait, à sa capacité à trouver des solutions pour permettre l’accès effectif à la formation, quels que soient les moyens financiers des publics accueillis.
La CGT pose donc clairement les questions suivantes :
– Que devient notre modèle ?
– Que devient l’utilité sociale de l’AFPA, défendue et construite pendant des décennies par ses personnels ?
– Doit-on inclure dans les villages des solutions de l’Afpa dans le cadre de l’accueil inconditionnel de nouveaux partenaires tels que :
- La croix rouge
- Les restos du cœur
- Le secours populaire
- Le samu social… ?
Former les publics les plus en difficulté ne peut pas se réduire à ouvrir des sessions si, dans le même temps, on laisse ces mêmes publics sans toit ni nourriture.
Nous citons la direction :
« Le Village des solutions constitue aujourd’hui l’une des orientations stratégiques majeures de l’AFPA (…) Il a permis à l’AFPA de renouer pleinement avec son ADN territorial, en devenant, au-delà de la formation, un acteur reconnu de l’animation de la coopération locale au service de l’emploi, de la formation et de l’inclusion.
Dans un contexte où les stagiaires sont de plus en plus confrontés à des freins dans leur parcours de vie, générant absentéisme et abandons plus fréquents, l’objectif était d’être en appui de la sécurisation des parcours de formation. »
Au regard des situations actuelles, notre délégation constate une dissonance majeure entre ce discours et la réalité vécue par les stagiaires.
Il s’agit d’une dissonance cognitive manifeste de la Direction générale de l’AFPA.
La CGT le dit avec gravité : si un drame humain devait survenir, la gouvernance de l’AFPA, son Conseil d’administration, sa Direction générale, ainsi que les financeurs publics, en porteraient la responsabilité pleine et entière. Les alertes existent, elles sont répétées, elles sont désormais publiques. Nul ne pourra dire qu’il ne savait pas.
La CGT exige immédiatement :
- La prise en charge intégrale, immédiate et pérenne de l’hébergement et de la restauration des stagiaires ;
- La suppression des hausses tarifaires imposées en cours de formation ;
- Une interpellation publique des Régions et de l’État par la Direction générale au prochain CA ;
L’AFPA n’est pas un organisme de formation comme les autres. Elle est, et doit rester, un outil national de service public, au service de l’émancipation, de l’égalité et de la dignité.
La CGT continuera de se battre pour que l’accès à la formation ne devienne jamais un privilège, et pour que l’AFPA ne renonce pas à ce qui fait sa raison d’être.