Montreuil le 05 février 2026
Alors que nous poursuivons aujourd’hui l’examen du bilan de l’accord GEPP qui arrivera à échéance en septembre 2026, la CGT souhaite replacer cette négociation dans toute sa réalité : sociale, professionnelle et stratégique.
Car il ne doit pas s’agir d’une discussion purement technique. Il s’agit d’un choix sur l’avenir des emplois, des métiers et de fait du service public de la formation à l’AFPA.
Nous le rappelons : La CGT n’avait pas signé l’accord précédent. Ce choix n’était ni idéologique ni circonstanciel : il reposait sur une analyse de fond.
Nous alertions déjà sur :
- des fondations fragiles, avec une cartographie des emplois et un diagnostic prospectif non finalisés et l’absence de criticité ;
- des dispositifs dépendants de classifications inexistantes ou non stabilisés ;
- des ambitions sans moyens réels ;
- des mesures orientées davantage vers les mobilités externes et les départs que vers la sécurisation des parcours internes ;
- l’absence de stratégie sur la transition écologique, les transformations du travail et l’évolution des métiers.
Trois ans plus tard, force est de constater que ces alertes étaient fondées.
L’OMEC n’est toujours pas terminée. La classification des métiers n’est pas finalisée. Les dispositifs sont inégalement déployés.
L’accès réel à la formation reste entravé par la charge de travail. Les mobilités internes demeurent insuffisamment structurées.
Nous ouvrons donc une nouvelle négociation alors même que la précédente n’a pas produit les effets attendus.
Une négociation qui intervient dans un contexte de transformation majeure de l’AFPA
Cette négociation GEPP ne peut pas être dissociée de la situation actuelle de l’Afpa et des annonces récentes de la direction générale qui annonce dans ses vœux un cap austère :
- situation financière fortement dégradée,
- budget déficitaire,
- orientation vers le marché privé et l’apprentissage,
- recours accru à la digitalisation et à l’intelligence artificielle,
- remise en cause du maillage territorial avec fermetures, regroupements de centres et transferts de plateaux techniques,
- objectif de retour à l’équilibre en 2029.
Dans le même temps :
- les effectifs ont fortement diminué ces dernières années ;
- l’activité a reculé sous l’effet de la contraction de la commande publique ;
- les collectifs de travail sont fragilisés et inquiets.
Dans ces conditions, la question est simple : Quelle GEPP pour quelle stratégie de l’AFPA ?
Nous y voyons un risque majeur : transformer la GEPP en outil d’accompagnement des restructurations
La CGT le dit clairement, la GEPP ne peut pas devenir l’outil social d’accompagnement :
- des fermetures de centres,
- des regroupements,
- des transferts d’activités,
- de la réduction des effectifs,
- ou d’un redimensionnement du service public.
Or, les signaux sont préoccupants.
Les nouveaux dispositifs issus de la loi sur les reconversions professionnelles (*), les évolutions liées à l’intelligence artificielle, les transformations du modèle économique, pourraient conduire à utiliser la GEPP comme un levier d’ajustement plutôt que comme un outil de sécurisation.
Ce serait une erreur sociale majeure et une faute stratégique. La GEPP n’a pas vocation à organiser les sorties de l’emploi. Elle doit sécuriser les parcours, maintenir les compétences et préparer l’avenir des métiers.
(*)La CGT rappelle qu’elle n’a pas signé l’accord national interprofessionnel sur les transitions et reconversions professionnelles, estimant qu’il résultait d’une négociation menée dans un cadre contraint et qu’il ne créait pas de droits suffisants pour sécuriser réellement les parcours des salarié·es – voir communiqué CGT
La transformation des métiers exige des garanties, pas des incantations
La direction évoque :
• l’évolution des métiers,
• la digitalisation,
• l’introduction de l’IA,
• l’adaptation aux marchés.
Mais à ce jour :
• aucune vision consolidée des métiers n’est partagée ;
• aucune analyse d’impact social n’est formalisée ;
• aucune garantie n’est posée sur les emplois ;
• aucun cadre national structuré n’existe pour les mobilités professionnelles et géographiques.
On ne peut pas demander aux salariés d’être « acteurs de leur parcours » sans leur donner :
• de la visibilité,
• des droits réels,
• des moyens concrets,
• et des garanties collectives.
Les exigences de la CGT pour cette négociation
Pour la CGT, cette négociation doit marquer une rupture avec l’accord précédent.
Elle doit :
1 – Partir de l’emploi et non de la contrainte budgétaire
- priorité au maintien et au développement des compétences internes ;
- refus d’une GEPP utilisée pour accompagner la contraction de l’Agence.
2 – Garantir les mobilités professionnelles internes
- accès réel à la formation sur le temps de travail ;
- accompagnement structuré et financé ;
- pilotage national équitable des mobilités.
3 – Encadrer strictement les reconversions
- volontariat réel des salariés ;
- priorité aux solutions internes ;
- garanties de maintien de l’emploi et des droits des salariés.
4 – Anticiper les transformations des métiers
- transparence sur l’impact de l’IA et de la digitalisation ;
- débat social préalable ;
- sécurisation des qualifications.
5 – Maintenir le maillage territorial et les missions de service public
- refus d’une logique purement comptable ;
- prise en compte des besoins des territoires et des publics.
6 – Mettre en place un pilotage paritaire national
- commission nationale dédiée aux mobilités et aux transformations des métiers ;
- suivi transparent et régulier.
La situation de l’AFPA ne relève ni des salariés ni de leur engagement. Elle résulte de choix politiques, économiques et stratégiques qui ont fragilisé l’Agence et son modèle.
Dans ce contexte, la GEPP doit être un outil de reconstruction, pas un outil de gestion de la décroissance.
Bien évidemment, La CGT prendra toute sa place dans cette négociation. Avec détermination. Avec constance. Avec exigence.
Nous ne cautionnerons pas une GEPP qui servirait à organiser la réduction des emplois, l’abandon territorial ou la remise en cause du service public.
La GEPP doit :
- préserver les emplois,
- sécuriser les parcours,
- anticiper les transformations,
- et donner un avenir à l’AFPA et à ses salariés.
L’Afpa, ses personnels, les stagiaires et les territoires ont besoin d’un projet de développement. Pas d’un dispositif de renoncement et d’accompagnement de son recul.
