déclaration

Le calme avant la tempête ?

Depuis des semaines, les salarié·es attendent. Ils attendent de savoir ce que l’avenir leur réserve. Ils attendent, avec une inquiétude qui s’installe, qui s’ancre, qui finit par épuiser.

Et cette inquiétude ne date pas d’hier.

Dès décembre 2025, une première annonce est tombée : le projet de fermeture des lieux de restauration.

Une première mauvaise nouvelle. Un premier signal fort.

Car au-delà de ce que certains pourraient considérer comme “annexe”, c’est en réalité un levier essentiel d’accès à la formation qui est fragilisé, en particulier pour les publics les plus en difficulté.

C’est aussi un coup dur pour nos missions.

Et des conséquences très concrètes pour les salarié·es de l’AFPA, avec des impacts directs sur leurs conditions de travail et l’organisation quotidienne.

Puis, en janvier 2026, lors des vœux du Directeur général, sont venues des annonces de fermetures de centres et de formations. Et depuis, une question s’impose à toutes et tous :

Quand le couperet va t-il tomber, et pour qui ?

Ce climat n’est pas nouveau. Il s’inscrit dans une dégradation continue des conditions de travail, que personne ici ne peut sérieusement contester.

Les expertises et enquêtes paritaires se succèdent, et elles disent toutes la même chose : des niveaux élevés de risques psychosociaux et une usure professionnelle massive.

Les dernières en date : d’abord en région, au Siège, Grand Est, Aura, PACA, Normandie, Bretagne notamment et puis nationalement via le CSEC… qui ne font que confirmer une situation déjà largement documentée depuis des années.

Mais aujourd’hui, un cap est franchi.

Ce qui pèse le plus, ce n’est plus seulement la dégradation du travail. C’est l’incertitude permanente, organisée, installée. Et au fond, cette incertitude a une cause très simple : l’absence de perspective.

Aucune vision claire. Aucun cap assumé. Aucune réponse aux questions que tout le monde se pose.

Et surtout, un silence. Un silence de la direction. Un silence qui dure. Un silence qui interroge.

Un silence qui, à force, devient assourdissant.

Parce que pendant que les salarié·es attendent, pendant qu’ils s’inquiètent, pendant qu’ils essaient de continuer à faire leur travail dans des conditions toujours plus difficiles… rien ne vient.

Pas d’explication. Pas de projection. Pas de perspectives.

Sommes-nous dans le calme… ou déjà dans l’attente de la tempête ?

Est-ce que j’aurai encore un emploi demain ? Pour faire quoi ? Et où ?

Dans certaines régions, où des pans entiers d’activité ont disparu, le sentiment d’abandon est profond. Et parfois, il bascule clairement vers un sentiment de maltraitance.

Les exemples remontent de partout.

Ici, on impose le retour sur site, même quand les centres sont vides.
Pas pour travailler mieux. Mais pour afficher une autorité qui sonne creux.

Ailleurs, on organise des immersions sans débouché, des mobilités sans avenir.
On occupe. On donne le change.

Et puis il y a ces consignes absurdes : aller voir son boucher ou son boulanger pour récupérer de la taxe d’apprentissage.

Voilà où on en est. Voilà ce qu’on appelle aujourd’hui une stratégie.

Pendant ce temps, les salarié·es continuent de faire tourner la baraque, malgré tout.
Sans chauffage, sans véhicules disponibles, avec des postes non remplacés, des moyens inexistants, et aucune vision d’avenir.

Mais certaines directions trouvent encore l’énergie d’accrocher des affiches dans les bureaux de leurs équipes qui n’ont aucun sens, du type « J’peux pas, j’ai piscine »… on intimide, on bouscule…

Pendant que des appels d’offres passent… et que l’AFPA n’y répond même pas.

Alors oui, la question se pose une nouvelle fois comme nous l’avons posé lors du CA en février 2025 : Est-ce qu’on n’est pas en train d’assister, en réalité, à une stratégie de réduction des effectifs ?

Une stratégie qui ne dit pas son nom.

Car le terrain c’est aussi cela. C’est ce que la direction générale ne voit pas, ou ne souhaite pas voir.

Plutôt que d’accompagner les salariés, on les rend malades, ou on les écœure en espérant qu’ils iront voir ailleurs. Finalement c’est une forme d’accompagnement qui ne coûte pas grand-chose à la boîte, mais qui coûte beaucoup à la santé.

Et oui, La santé se dégrade. Le sens du travail disparaît. La confiance se rompt. Nous l’avons déjà dit : la maltraitance institutionnelle est une réalité. Et aujourd’hui, elle s’installe petit à petit et malheureusement de manière durable.

Et le COP dans tout ça ?

Eh bien cela fait deux ans et demi qu’il est attendu. À ce stade, quelques semaines de plus ou de moins…

D’autant que ce qui s’annonce ressemble surtout à la poursuite des mêmes recettes.
Celles qui échouent depuis des années. Encore plus de marché privé, plus d’alternance… mais sans compenser la chute brutale de l’activité vers les demandeurs d’emploi.

Et surtout, un nouveau redécoupage de l’AFPA.

Avec son lot de fermetures, de suppressions, de restructurations. Comme si dix ans de cette logique n’avaient rien appris à personne.

Soyons clairs : la CGT n’attend pas un COP de récession.

Et comme si cela ne suffisait pas, une transformation majeure est déjà à l’œuvre : l’intelligence artificielle.

Les études varient, mais toutes convergent : des millions d’emplois vont être transformés, déplacés, parfois même supprimés. Dans ce contexte, ne pas investir massivement dans la formation est une faute. Une faute politique.

Mais à l’AFPA, au lieu d’anticiper, d’organiser, de sécuriser… on choisit de regarder le sujet de loin. Et surtout, on choisit de contourner les obligations.

Dans le cadre de ce CSEC, la direction prend la décision de présenter l’intelligence artificielle comme un simple point d’information… Une information ! Comme si le sujet était anecdotique. Comme s’il n’avait aucun impact sur l’organisation du travail, les métiers, les conditions de travail ou l’emploi. Comme si, au fond, la direction elle-même ne maîtrisait pas le sujet.

Sauf que la réalité est toute autre. L’introduction de technologies comme l’IA relève clairement d’une information-consultation dans les règles. La loi est sans ambiguïté sur ce point. Refuser la consultation, c’est refuser le débat. C’est refuser la transparence. C’est refuser d’associer les représentants des salarié·es à des transformations majeures.

Dans tous les cas, ce n’est pas acceptable.

Parce que sur un sujet d’une telle ampleur, on ne peut pas se contenter d’informer. On doit consulter. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle s’installe dans les organisations de travail, parfois sans cadre clair, sans transparence suffisante, et sans que les salarié·es soient réellement associés.

La CGT le dit simplement : ce sujet mérite autre chose qu’un traitement à minima.

Il suppose de la transparence sur les usages, une véritable consultation des instances, des garanties sur l’emploi et les conditions de travail et une vigilance particulière sur la protection des données et le respect du RGPD.

À ce stade, on pourrait presque se dire que l’IA est traitée comme le reste : à minima, sans débat… et en espérant que ça passe. Nous y reviendrons plus en détail lors du point 8 de l’ordre du jour de ce CSEC.

Au-delà de l’AFPA : une responsabilité politique

Ce qui se joue ici, ce n’est pas seulement l’avenir de l’AFPA. C’est le droit à la formation pour toutes et tous. Et là, la colère est légitime.

Car pendant que les salarié·es tiennent, tant bien que mal, nos dirigeants restent dans l’inaction. Les décisions s’enchaînent : baisse des budgets, remise en cause des dispositifs, mise en concurrence généralisée.

Apprentissage, CPF, PRIC, financements régionaux… Tout converge vers moins de moyens, moins de droits, plus de précarité.

Et pourtant, tout devrait conduire à faire exactement l’inverse. L’Union européenne appelle à renforcer l’accompagnement des jeunes les plus éloignés de l’emploi. Dans le même temps, à l’AFPA, les financements de La Promo 16-18 sont divisés par plus de deux entre 2023 et 2026. Le PIC s’arrête en 2027. Des dispositifs essentiels sont fragilisés.

Ce n’est pas une contradiction. C’est un choix politique.

Une autre voie est possible : la sécurité sociale professionnelle

Face à cela, la CGT porte une ambition claire. Celle d’une sécurité sociale professionnelle. Comme la Sécurité sociale protège la santé, la sécurité sociale de la formation doit protéger les parcours, en garantissant des droits réels, opposables, accessibles à toutes et tous.

Parce que la qualification, ce n’est pas un détail.

C’est ce qui détermine :

    • Le salaire,
    • La stabilité de l’emploi,
    • L’avenir professionnel,
    • L’émancipation et la dignité du travail.

Affaiblir la formation, c’est affaiblir tout cela. Ne pas investir dans l’AFPA serait une erreur majeure. Mais au-delà de l’erreur, ce serait un renoncement.

Un renoncement à former. Un renoncement à accompagner. Un renoncement à garantir des droits. Et ce renoncement, nous refusons de l’accepter.

Parce que derrière les chiffres, il y a des salarié·es. Des parcours. Des vies.

Et n’oublions pas que soutenir la formation, c’est aussi un enjeu stratégique de souveraineté dans un contexte de tension internationale.

Pour conclure, ce qui domine, ce n’est pas seulement l’inquiétude. C’est de nouveau et nous insistons, c’est le silence de la direction entre deux annonces qui présagent le pire.

La CGT exige immédiatement un calendrier, une vision claire pour que les salariés puissent enfin se projeter. Cela suffit de laisser se dégrader les conditions de travail.

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