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Montreuil le 30 janvier 2026

 

Monsieur le Directeur Général,

Comme l’ensemble du personnel, nous avons pris connaissance de votre allocution du 23 janvier 2026 et nous tenons à y répondre point par point :

1 – Sur la forme

Annoncer de “mauvaises nouvelles” aux salariés un vendredi à 11h25, sous prétexte de vœux, a renforcé l’inquiétude : chacun s’est retrouvé plongé dans l’incertitude quant au devenir de son centre, de son activité ou de son collectif de travail, sans possibilité d’en échanger sereinement avec les collègues, juste avant le week-end.

C’est un signal de plus : quand la direction prétend parler de “confiance”, elle commence par produire de l’angoisse. C’est un manque de considération.

2 – Sur la reconnaissance du professionnalisme des salariés

Vous saluez notre expertise, notre professionnalisme, notre engagement pour les valeurs de l’AFPA et notre sens du service public. Nous prenons acte de cette reconnaissance.

Mais cette reconnaissance sonne creux quand elle précède l’annonce d’une remise en cause du maillage territorial, de fermetures de centres, de regroupements et de transferts de plateaux techniques. On ne peut pas louer les personnels le matin et fragiliser leurs outils de travail l’après-midi.

3 – Sur la situation financière : qui est responsable ?

Vous reconnaissez que le chiffre d’affaires a “beaucoup baissé” ces trois dernières années et que les résultats 2025 sont “extrêmement déficitaires”.

La CGT rappelle que cette situation n’est pas le fruit du hasard, ni le résultat du travail des salariés : elle est la conséquence directe de choix politiques et stratégiques.

La responsabilité de cette situation incombe d’abord à l’État et aux Régions.

  • L’État, qui pilote et “contractualise” mais n’assure pas une stabilité financière et stratégique cohérente avec des missions de service public.
  • Les Régions, qui orientent une partie déterminante de l’offre de formation, et dont les logiques de mise en concurrence, d’achats au rabais et de fragmentation des marchés affaiblissent durablement l’outil public.

Et dans ce cadre, la Direction générale porte une responsabilité majeure : celle d’une docilité assumée qui accompagne une spirale infernale mais également un manque de courage pour défendre nos missions sociales et obtenir les moyens nécessaires à un service public de la formation.

Une direction qui accompagnerait la mise à mort de l’Afpa se tromperait d’orientation et trahirait les salarié·es, les stagiaires et l’esprit même de nos missions sociales dédiées aux publics les plus fragilisés.

4 – Sur le budget 2026 : un “budget de vérité” déficitaire

Vous nous présentez le budget 2026 comme une avancée parce qu’il a été voté en décembre par le Conseil d’Administration.

Ce budget déficitaire n’est pas un budget de vérité : il acte la poursuite de la dégradation de nos moyens d’action et annonce des “adaptations” qui, sur le terrain, se traduisent déjà par une pression accrue et une désorganisation. C’est un budget qui annonce l’austérité.

5 – Sur les “grandes orientations” : un virage vers la marchandisation

Vous annoncez une “orientation vers le marché privé” et un doublement du nombre d’apprentis.

La CGT dénonce cette logique de marchandisation du service public de la formation :

  • L’AFPA n’a pas vocation à devenir un prestataire privé comme les autres.
  • Le service public doit former ceux qui en ont le plus besoin, pas ceux qui sont “les plus rentables”.
  • Le tout-apprentissage ne répond d’ailleurs pas aux besoins des publics les plus éloignés de l’emploi.

6 – Sur l’intelligence artificielle : une fuite en avant sans débat ni transparence

Vous promettez une “offre digitale modernisée” et une “meilleure intégration de l’intelligence artificielle”, y compris dans l’organisation interne.

La CGT rappelle un fait simple et incontestable : l’introduction de l’IA n’a jamais été débattue sérieusement dans les instances de représentation du personnel, et à ce jour aucune information structurée n’a été transmise :

  • Pas de cadrage,
  • Pas d’objectifs précis,
  • Pas d’analyse d’impact,
  • Pas de consultation,
  • Pas de garanties.

Or l’IA n’est pas un gadget : c’est un sujet majeur qui a des conséquences sur la pédagogie, l’organisation du travail, les métiers, les qualifications, les conditions de travail et l’environnement.

7 – Sur le maillage territorial : une annonce violente et socialement irresponsable

Vous l’annoncez clairement : “il y a des centres qui devront fermer”, “d’autres qui devront se regrouper”, “des plateaux techniques qui devront être transférés”.

Cette annonce est un choc pour les salariés et pour les territoires. Elle est d’autant plus grave qu’elle est formulée comme une évidence, comme un passage obligé, sans jamais dire ce que deviendront les salariés concernés, laissant les personnels face à une incertitude inacceptable.

Vous parlez de “bases totalement objectives”… mais la CGT sait ce que cela signifie : une logique comptable où l’on prétend neutraliser le débat politique en l’habillant avec des mots technocratiques.

Et c’est précisément là que vous sous-estimez le risque social.

Le 27 janvier en Hauts de France, lors d’une réunion du personnel, la direction a été fortement chahutée. Ce n’est ni un épiphénomène, ni une simple tension passagère : c’est un avertissement.

Dans des régions déjà en grande difficulté, tenir un discours de fermeture et de regroupements, c’est jouer avec une poudrière. Ce n’est pas “gérer”, c’est ajouter de l’inquiétude et du désarroi.

Monsieur le directeur on ne mesure pas un discours à son “franc-parler”, mais à ses conséquences. Dire à des milliers de salariés qu’il faut fermer, regrouper, transférer, sans garanties sociales, sans débat de fond, sans vision de service public et sans prise en compte des réalités territoriales : ce n’est pas du courage, ni de l’honnêteté, c’est de l’irresponsabilité.

8 – Sur le “dialogue social” : une formule, pas une garantie

Vous dites que tout cela sera “partagé” et “expliqué” dans le cadre du dialogue social (bla-bla-bla…).

Mais vous annoncez déjà le résultat (fermer, regrouper, transférer). Donc la question est simple : que reste t-il à discuter ?

Le dialogue social n’est pas un outil de communication. Ce n’est pas une réunion d’information. Ce n’est pas un dispositif destiné à “accompagner” des décisions déjà prises.

9 – Sur le retour à l’équilibre en 2029 : à quel prix territorial et social ?

Vous annoncez un retour à l’équilibre financier en 2029. La CGT pose la question : à quel prix territorial, social et humain ?

Combien de bassins d’emploi déstabilisés ? Combien de publics privés d’une réponse de proximité ? Combien de partenariats territoriaux détruits ?

Un équilibre obtenu par l’abandon des territoires n’est pas un succès : c’est une défaite du service public.

10 – Sur les engagements de l’État : des promesses sans garanties et en échange de quelles contreparties ?

Vous affirmez que l’État “nous soutiendra tout au long du prochain contrat d’objectifs et de performances”. La CGT rappelle que les engagements de l’État doivent être concrets et chiffrés :

  • Quels moyens ?
  • Quels montants ?
  • Sur quelle durée ?
  • Avec quelles garanties de maintien et de développement du service public ?
  • Et quelles contreparties exigées de l’AFPA sur le plan humain ?

Nous le redisons : l’État et les Régions ont une responsabilité directe dans la situation actuelle, ils doivent prendre pleinement leur part, au lieu d’exiger, à nouveau, des réorganisations destructrices comme seule réponse.

11 – Sur votre appel à notre engagement : la confiance ne se décrète pas

Vous terminez en espérant “pouvoir compter sur notre engagement”. La CGT répond : la confiance ne se décrète pas, elle se construit. Et aujourd’hui, votre discours produit l’inverse : il installe l’inquiétude, la colère, et une défiance légitime.

Face à une allocution qui annonce l’austérité, la CGT exige :

  • L’arrêt immédiat de toute fermeture, regroupement ou transfert, tant qu’aucun échange sérieux et contradictoire n’a eu lieu ;
  • Une transparence totale sur les critères, les données, les hypothèses et les scénarios territoriaux ;
  • Un véritable projet de développement fondé sur le renforcement du service public, pas sur sa contraction ;
  • Des engagements chiffrés, pluriannuels et opposables de l’État (et des Régions) garantissant les missions de service public ;
  • L’ouverture immédiate d’un débat national sur l’avenir de l’AFPA, ses missions, son financement, et son maillage territorial ;
  • Une information/consultation avant toute généralisation de l’IA et la digitalisation : débat, mesure d’impact sur les emplois…

Monsieur le Directeur Général, vous nous demandez de vous faire confiance. La CGT vous répond que nous ne ferons jamais confiance à un projet qui organise le démantèlement du service public de la formation.

Nous sommes prêts au dialogue, mais pas à la résignation. Nous défendrons l’AFPA, ses missions de service public, ses salariés et les stagiaires qu’elle forme.

Nous ne laisserons pas détruire 80 ans d’histoire et d’expertise au nom d’un équilibre comptable.

 

L’AFPA mérite mieux.
Les salariés méritent mieux.
Les stagiaires méritent mieux.

 

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