Compte rendu CGT du CSEC de décembre
Ce CSEC s’inscrit dans un contexte de fortes tensions économiques et sociales et confirme une tendance de fond : la transformation engagée par la direction continue de produire des effets délétères sur le travail, l’emploi et le sens des missions. Pour la CGT, il ne s’agit plus d’une succession de difficultés ponctuelles mais bien d’un enchaînement cohérent, qui fragilise durablement l’AFPA et ses salariés.
Une alerte politique et sociale assumée par la CGT
Dès l’ouverture, la CGT a replacé les débats dans leur cadre réel : celui des choix budgétaires et politiques qui pèsent sur l’AFPA. Les discussions autour du PLF 2026, les menaces sur le PIC et les nouvelles suppressions d’emplois alimentent une insécurité professionnelle désormais permanente. Cette instabilité se traduit concrètement par une dégradation du travail, une perte de repères pour les équipes et une inquiétude grandissante quant à l’avenir des missions.
Face à cela, la direction n’apporte pas de réponses structurantes. Elle renvoie à des travaux ultérieurs, à des ajustements ou à des contraintes externes, sans traiter le cœur du problème : l’impact humain et organisationnel des choix engagés depuis plusieurs années.
Pour la CGT, la situation dépasse la seule gestion interne. C’est bien la place de l’AFPA comme outil public de formation qui est posée, et donc une question politique au sens plein.
L’apprentissage : développement affiché, tensions réelles
La direction met en avant la progression de l’apprentissage et en fait un axe majeur de développement. Si ces résultats existent, ils ne peuvent masquer les fragilités constatées sur le terrain.
La CGT a rappelé que les droits des apprentis restent inégaux, que l’accompagnement n’est pas toujours à la hauteur et que certaines catégories de publics, notamment les travailleurs handicapés, rencontrent encore des obstacles.
Derrière les indicateurs, c’est la réalité des organisations de travail qui interroge. Le développement de l’apprentissage sert aussi de levier économique dans un contexte de contraction des moyens et des effectifs. Cette logique reporte la pression sur les équipes et accentue les tensions pédagogiques et organisationnelles.
Rapport du médiateur : la confirmation de dérives structurelles
Le rapport présenté ne fait que confirmer des alertes anciennes. Les difficultés liées à la qualité des formations et à leur organisation persistent et s’aggravent.
La CGT a insisté sur le rôle central de la précarité dans ces dérives : recours massif aux CDD, absence d’anticipation dans les recrutements, instabilité des équipes pédagogiques.
La direction tend encore à renvoyer ces problèmes à des situations locales ou individuelles. Or la réalité est systémique : c’est le modèle d’organisation du travail qui est en cause.
Les salariés sont placés dans des conditions qui rendent la qualité du travail plus difficile à garantir.
Focus – Rapport Sextant : un signal d’alerte majeur sur l’avenir de l’AFPA
Le rapport Sextant présenté dans le cadre du droit d’alerte économique confirme une situation structurellement dégradée et met en lumière des fragilités profondes qui dépassent largement les seules difficultés conjoncturelles.
La CGT a insisté sur le fait que ce rapport ne constitue pas un diagnostic de plus, mais bien un marqueur : l’AFPA est entrée dans une phase où son modèle économique et organisationnel ne tient plus sans soutien extérieur et sans remise en cause des orientations actuelles.
Une dégradation économique durable
Le rapport confirme que la situation de l’Agence se détériore année après année et que les transformations engagées n’ont pas produit les effets attendus en matière de redressement. La perte de parts de marché, notamment dans la sphère publique, et les difficultés à sécuriser l’activité pèsent directement sur les perspectives.
Dans le même temps, la réduction massive des effectifs et la contraction des moyens ont accentué les tensions internes et la dégradation des conditions de travail.
Pour la CGT, ces éléments confirment que l’équilibre recherché repose en grande partie sur l’emploi et sur l’organisation du travail, ce qui n’est ni soutenable socialement ni efficace économiquement.
Un modèle qui ne peut pas se redresser seul
Le rapport souligne que les efforts internes ne suffiront pas à sortir l’Agence de l’impasse et qu’un soutien massif de l’État est indispensable, tant en financement direct qu’en activité confiée à l’AFPA.
Il met également en évidence que l’apport financier déjà consenti n’a pas permis de redresser durablement la trajectoire, ce qui pose la question des missions confiées, de leur financement et du rôle de l’AFPA dans le service public de la formation.
Pour la CGT, ce point est central : sans clarification politique et sans engagement de l’État, la stratégie actuelle conduit mécaniquement à un rétrécissement de l’Agence et à une fragilisation de ses missions.
Des alertes fortes sur le travail et les organisations
Le rapport fait écho aux remontées du terrain : désorganisation, surcharge, difficultés liées aux transformations successives, systèmes d’information défaillants et multiplication des contraintes sur les équipes.
Ces éléments ne relèvent pas de dysfonctionnements isolés mais d’un mode de gestion qui produit des effets en chaîne sur le travail réel. La CGT a rappelé que la question de la charge de travail et des moyens humains est au cœur de la prévention des risques et de la qualité des missions.
Une stratégie sous tension et des choix contestables
Le rapport interroge la stratégie commerciale, les réponses aux appels d’offres et l’orientation générale de l’Agence dans un contexte de transformation permanente.
Il souligne également la nécessité de réaffirmer le rôle de l’AFPA dans le service public et d’y associer des moyens cohérents.
Pour la CGT, ces constats renforcent l’idée que la direction poursuit une logique d’ajustement interne, alors que la question posée est celle du positionnement stratégique de l’AFPA dans les politiques publiques d’emploi et de formation.
Notre analyse
Pour la CGT, le rapport Sextant constitue un point d’appui politique et syndical majeur. Il valide des analyses portées depuis plusieurs années : la crise que traverse l’AFPA n’est pas seulement financière, elle est structurelle et tient aux choix opérés sur les missions, les moyens et l’organisation du travail.
Il confirme également que la question centrale est désormais celle du modèle : quel rôle pour l’AFPA dans le service public de la formation, avec quels financements et quelles garanties pour les salariés ?
Risques professionnels et projet ONE DSI : une prévention insuffisante
Les échanges, autour des RIR et du projet ONE DSI, ont montré l’écart entre le discours institutionnel sur la prévention et la réalité vécue par les équipes.
La CGT a insisté sur le sentiment d’abandon exprimé par les salariés, sur l’absence d’évaluation sérieuse de la charge de travail et sur la difficulté à traiter les risques psychosociaux à la racine.
La prévention reste trop souvent abordée sous l’angle des procédures et des outils, alors que les causes profondes tiennent à l’organisation du travail, au manque de moyens et aux transformations successives.
Conclusion de cette séance
Un dialogue social sous tension
Plusieurs épisodes de ce CSEC – interruptions, nombreuses déclarations et/ou délibérations du CSEC, déclaration de la direction, signes émotionnels forts de la part des élus et de la direction…etc ont illustré une crispation croissante dans les relations sociales. Les consultations sont menées dans des délais contraints, les informations arrivent tardivement et l’exercice des mandats devient plus difficile.
La CGT a dénoncé une logique où le calendrier prime sur la qualité du dialogue.
Ce fonctionnement participe à la marginalisation progressive des représentants des salariés et affaiblit les espaces de confrontation collective.
Une transformation qui poursuit sa trajectoire malgré ses effets
Malgré les alertes répétées, la direction maintient son orientation : réorganisations, pression sur les coûts, ajustements d’effectifs et développement commercial.
Or ce modèle n’a pas permis de redressement durable. Il a en revanche contribué à fragiliser les collectifs, à accroître la charge de travail et à nourrir un sentiment de perte de sens chez de nombreux salariés.
De plus, ce CSEC confirme une phase de bascule pour l’AFPA. Les difficultés ne sont plus conjoncturelles : elles s’inscrivent dans la durée et touchent à la fois l’économie, le travail et la cohésion interne.
Dans ce contexte, la responsabilité syndicale est pleinement engagée. Il s’agit de défendre les emplois, les métiers et les missions de service public, mais aussi de remettre au centre la question du travail réel et des conditions dans lesquelles il s’exerce.
La CGT maintient une ligne claire : refuser que l’équilibre économique se fasse sur la santé des salariés, exiger des moyens humains et pédagogiques et défendre l’AFPA comme outil public national.
La période qui s’ouvre sera déterminante et nécessitera de renforcer l’organisation syndicale, d’ancrer les analyses dans le terrain et de construire le rapport de force indispensable pour infléchir les orientations actuelles.
Prochain CSEC : 25 et 26 mars
